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jeudi 24 janvier 2013

Elle se colla à moi si étroitement que j’en eus le souffle coupé


..."Elle avait une odeur de bébé propre. Elle était mince, et je pouvais atteindre son épaule droite avec ma main droite. Je remontai mon bras et je glissai mes doigts juste sous le sein."*


* Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes

lundi 16 juillet 2012

François Bon et les Rolling Stones : un feuilleton en enfer


A partir du 12 juillet, à l'occasion de la sortie en numérique et en édition augmentée de Rolling Stones, une biographie François Bon nous propose une saison en enfer : un été avec les Stones.

Il y a tout d'abord le feuilleton : 50 histoires vraies concernant les Rolling Stones.
"Il n’y aura pas de chronologie, il n’y aura pas de hiérarchie. Ce sera, chaque jour, une intervention brève ou moins brève sur un instant de l’histoire très complexe des Rolling Stones, depuis l’enfance et la formation jusqu’aux péripéties actuelles. Ce sera bien sûr ouvert à discussion et commentaires. [...]

Un feuilleton, une sorte de défi personnel, aussi, ou comme une dette : aucune idée préalable de comment ce travail de fragmentation et constellation va déplacer ou renouveler l’approche exhaustive de la biographie. La contrainte de l’intervention quotidienne va provoquer un arbitraire, un paysage qui s’invente à mesure qu’il s’accumule. J’en serai donc le premier spectateur."


Il y a aussi Conversations avec Keith Richards, toujours de François Bon, qui vient de sortir sur les éditions numériques publie.net:

"Keith Richards a pris 2 ans de sa vie pour rédiger son autobiographie, "Life". Le paradoxe est le suivant : une oeuvre musicale considérable, celle du groupe, albums officiels, enregistrements détournés des studios, histoire des concerts. Une expérience de vie à la foix extrême et excessive. Et pas forcément les mots pour la dire, puisqu'on n'est jamais qu'un bluesman.

Et nous, qui continuons nos petites routes ordinaires, qu'est-ce qu'on leur a pris, aux grands frères qui se brûlaient les ailes, tout devant ? Qu'avons-nous à déchiffrer, pour nous-mêmes, de leur propre expérience ? Est-ce que ça s'appelle solitude, absence, inquiétude, comme pour nous autres ? Comment expriment-ils le risque, comment vivent-ils l'abîme de cette disprortion des concerts gigantesques ?

Voilà comment a commencé l'histoire de ces quatorze "Conversations avec Keith Richards".

Pour plus de détails sur François Bon et ses trois excellentes biographies sur les Stones, Led Zeppelin & Dylan lire Ne jugeons pas un livre à sa couverture #2 : Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin par François Bon. Vous pouvez aussi prolonger votre séjour au bord de la Méditerranée avec Mick, Keith et les autres en les retrouvant à la Villa Nellcôte.

jeudi 19 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #6 : Journal de Brian Eno


Eno est une personne que j'ai souvent sentie proche de moi, de mes réflexions. Même si je ne le connais absolument pas personnellement et que je ne le connaîtrai sans doute jamais plus qu'à travers son livre "Journal" sorti en 1995. Il n'empêche, nous avons beaucoup de préoccupations communes et nos axes de pensée se sont croisés pendant que je lisais son journal : nous étions dans / au bord d'une piscine (moi parce que j'étais en vacance, lui parce qu'il en a une dans sa maison de Londres). Nous aimons tout les deux le matin, et nous nous intéressons aux phénomènes de hasard et de maîtrise ; il cite le Pierre Ménard de Borgès, je venais de finir un travail en rapport direct avec cette nouvelle... ; les Obliques Strategies... etc, etc...


"17 février
A Berlin
Vu partir A. et les filles à Genève. La pauvre Irial déteste les séparations, comme si elle avait peur que ce soit pour toujours. Au studio, un peu de travail supplémentaire sur les textes de Laurie. Ça commence à donner quelque chose."*


Le Journal de Brian Eno a été fondamental pour moi : il m'a apporté plusieurs outils de réflexion que j'utilise toujours quotidiennement, et m'a vraiment intrigué dans son écriture. Le fait que ce soit justement un journal, écrit partiellement avec des notes et des phrases en suspend et le contraste que celà produit quand y apparaissent les noms de personnes qu'Eno a croisé entre 1994 et 1995 ; l’identification et la distance. Il évoque les sessions d'enregistrements de JAMES, de David Bowie pour Outside, de Passengers avec U2 et Pavarotti. Derek Jarman, Jah Wobble, Arto Lindsay, Laurie Anderson, Rem Koolhas... L'aspect mondain en est pourtant évacué : je me souviens de ses prises de positions pendant la guerre de Bosnie, de recettes de cuisines, de vie ordinaire, toutes sortes de choses qui m'ont par la suite conduit aux livres de Bill Drummond : une simplicité évidente.


"21 Aout
De retour à Londres après une matinée brumeuse et douce et une promenade dans la baie avec Irial, où nous avons vu beaucoup de crabes. Laissé A. et les filles sur place en vacances. En taxi pour Bordeaux, mon énergie à l'air bonne. A Gatwick, au bureau. Drew a construit tant de choses fantastiques. Il est vraiment bon."*


Outre le Journal, le livre contient aussi de nombreux essais et réflexions (complets ou en cours) : Les appendices gonflés. Ceux qui me sont restés :

Ambiant Music, nom qu'il a inventé "pour décrire un style musical alors en voie d'émergence".

La pensée axiale, qui "est le nom d'un continuum de possibilités entre deux positions extrêmes : c'est ainsi que l'axe entre le blanc et le noir est une gamme de gris.". Exemple pour une coupe de cheveux, deux positions extrêmes peuvent être : Soigné <--> Hirsute. Entre les deux existe toute une gamme de nuances que l'on réparti sur l'axe menant à ces deux positions. Ça permet de disséquer n'importe quel problème d'apparence inextricable en le subdivisant en sous ensembles simples et plus facilement appréhensibles.

Musique générative : "Discreet Music, dans laquelle deux cycles mélodiques simples, de durées différentes, se répètent séparément, et se voient autorisés à se superposer arbitrairement." & les stratégies obliques (moyen de résoudre des situations de blocage créatif en faisant intervenir le hasard).

Etre un artiste : "Pierre Ménard, auteur du Don Quichotte de Borgès, et ce qu'il appelle une "oeuvre cadre" ou le commentaire suscité devient plus important que l'oeuvre isolée.


"21 octobre
Emmené Anthea et les filles à l'expo Flavin, qui avait aussi fière allure qu'hier. J'ai dit aux filles (pour leur vendre l'idée) que nous allions dans une sorte de palais. [...] Une fois rentrés, nous avons retrouvé David Philips pour déjeuner. Ensuite chez Julian S. pour la fête."*

En savoir plus sur Brian Eno - Journal. Une année aux appendices gonflés


Brian Eno - The big ship (1975)


*extraits choisis de manière aléatoire.

mardi 17 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #5 : Rien, suivi de Colère noire, par Brigitte Fontaine


"Le temps passe. Je vieillis, comme tout le monde. Je ne fais rien d'autre que vieillir. Je sens le temps qui ronge, le temps qui dégrade. Chaque seconde, chaque minute, chaque heure. Rien. Des millions de fois rien.

Les gens passent, les voitures passent, le temps passe. L'eau passe dans mon oesophage. Comme le sable dans un sablier. Pour un oeuf qui n'existe pas.

Il ne se passe rien et tout passe. Dans le tamis.

Je ne sais plus rire depuis longtemps.

Je ne sais plus pleurer.

Je ne sais même pas mourir.

Mourir doit être un choc violent. Plus grand, bien plus grand qu'une fusée crevant la stratosphère.

Un disque passe.*"

Un concert sur une péniche est passé. Et Brigitte était sacrément saoûle. Torchée. Allongée en croix dans les loges, sur le sol. Puis elle est montée sur scène. La péniche tanguait elle aussi. Et la voix mal ajustée c'est progressivement mise en place. De bredouillage alcoolisée elle est devenue texte incarné, a fait sa place dans les arrangements d'Areski. Je crois que c'est un des premiers concerts d'un chanteur français que j'ai réellement entendu, qui a changé quelque chose en moi...

Mais revenons à Rien. Rien, est brutal, minimal, musical. Colère noire, se tend et s'apaise : dynamique des entrailles, des révoltes existentielles, des désespérances lucides. Ce sont des monologues intérieurs, humains, beaux comme "Comme à la radio" l'est. D'ailleurs Kim Gordon revendique Brigitte Fontaine comme une influence majeure, et si on écoute bien le chant de Kim sur certains morceaux de Sonic Youth, son détachement appuyé des syllabes, on y entend Brigitte.

Vient aussi de paraître : Mot pour mot, le recueil de ses textes de chansons chez le même éditeur. "On dit que tout est dans tout. Il semblerait que tout est dans rien. Et réciproquement"

Voir les livres de Brigitte Fontaine paru chez Les belles lettres.

Brigitte Fontaine & Christophe - Hollywood (2011)


*Intro de Rien.

samedi 14 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #4 : Reckless Road par Marc Canter




Un titre de photo : "Rocket Queen : They were beautiful, they were into drugs and they were naked". Et ils n'ont pas encore fini de mixer "Appetite for Destruction", ni encore signés avec Geffen. Ladies & Gentlemen... : Guns N' Roses de 1982 à 1986.

Si vous avez toujours rêvé de voir les petites pommes d'Axl moulées dans un pantalon de cuir et string assorti ou Slash faire du BMX, c'est le livre qu'il vous faut. Bien que celui là, je dois l'avouer, je ne l'ai pas lu. Je l'ai juste regardé. Attentivement. Les photo en double page sont magnifiques ; poster central dégoulinant garanti.

C'est vrai qu'au début il faut se faire à la mise en page OK podium qui gâche pas mal de photos, à tous les fac-similés de tickets d'entrée mais une fois que notre oeil s'est habitué, on ne s'en lasse plus. Les casquettes en cuir, les foulard panthère, le maquillage, les bandanas rouges, les hauts à paillettes, les colliers de perles, les santiags, les cadenas en bracelet, les strip-teaseuses, les bouteilles de Jack' et Slash le mégot coincé, les yeux voilés et le manche fièrement dressé... bref, juste ce qu'il faut de décadence primesautière.

Une anecdocte ? "September 28,1985 was also very special because [G'N'R] were opening up for Social Distortion and the whole show was running a few hours late. The punks were getting restless and the last thing they wanted to see was a bunch of guys on stage wearing make up and playing Stones songs..." dixit Mr Canter.

Allez mes délicieuses petites vilaines au cuir rugueux, on reprend toutes en choeur : "Take me down to the paradise city / Where the grass is green and the girls are pretty / Take me home"...

Voir un bon gros extrait de Reckless Road en pdf et aller sur le site (quelques photos supplémentaires).
Lire une interview de Marc Canter à propos de Reckless Road.


Guns 'n' roses - Practice for destruction - Jumpin' Jack Flash (live 1987 london)

Pour la bande son accompagnant cette période, je vous conseille Practice for Destruction : Guns ‘N Roses live in the studio in 1987 doing demos for the album Appetite For Destruction, which would come out later that year. Excellent sound and awesome live in the studio versions of these tunes. The last four tracks are G’N’R playing live to a small crowd practicing for their upcoming tour.

PS : Marc Canter, n'est pas un pseudo, ni une blague de Gérard Baste, c'est son vrai nom, c'est comme ça...

vendredi 13 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #3 : Tarantula de Bob Dylan, L'énergie des esclaves de Leonard Cohen, traductions Dashiell Hedayat


L'une des couvertures est bleue, rehaussée de jaune et l'autre est verte, entrecoupée de bleu. Deux photos noires et blanches au centre : Leonard Cohen pour la première, Bob Dylan pour la deuxième. Quelques dates : Cohen 1972, traduction française 1974. Dylan 1966, traduction française 1972. De l'extérieur, elles sont très semblables, éditions 10/18, dos blanc, traductions Dashiell Hedayat. C'est en partie pour cela que j'ai acheté ces deux petits livres, pour Dashiell... pour Cohen et Dylan aussi, un peu.

L'énergie des esclaves, est un recueil d'anti-poèmes (refus de Cohen d'endosser la stature d'un poète et la place qu'il s'est acquise à ce titre), et j'aime bien comme la plupart d'entre eux commencent par une petite lame de rasoir, en caractère typographique (ou est-ce une enluminure bizarre ?). Voici l'un d'eux (sans la petite lame en ouverture) :

Je vieillirai,
le photographe prendra de l'âge
Je mourrai
le photogaphe entrera au musée
Etudier les nus
ils vieillissent aussi
même les nus
même les délaissés
Le photographe te dit
que la façon de te tenir le con
est vieux jeu (1)

...mais Cohen on y reviendra pour The Favorite Game, son roman autobiographique, l'histoire d'un jeune homme trouvant son identité dans l'écriture ; une langue riche, élégante et crue.

Tarantula, quand à lui, est une nouvelle expérimentale, une "poubelle de mots, de déchets de mots, de lieux communs, de slogans, de cris, d'histoires sans intérêts; Coney Island au lendemain d'un week-end caniculaire"(2). Un monologue intérieur associatif, "d'où émerge ici & là, telles des armatures rouillées ces conjonctifs: "&"(2). Une lecture disruptive, par bribes, "Les sublimes larmes de l'amour de soi"(2). Voilà pour Cohen & Dylan.

Concernant le trait d'union, Dashiell Hedayat est un écrivain à pseudonymes, une devanture aux multiples facettes. De son vrai nom Daniel Théron, il utilise aussi : Jack-Alain Léger, Paul Smaïl, Eve Saint-Roch. Outre Cohen & Dylan, il a traduit Les Aventures de Tom Bombadil de JRR Tolkien. Et pour moi il restera l'auteur-compositeur-interprète d'Obsolete, aidé d'une partie de Gong et de William Burroughs.

Dans le fond de la pièce encombrée, entre cocktails et amis entassés, Bob est installé devant sa machine à écrire, derrière ses lunettes noires, il tape : "dans une volkswagen trouée à balles, un farfadet imberbe & en slip de mafioso - il tend des bons de réductions en flammes & il parle du cimetière de voitures "il y a quatre fours & sept dent de ça" & il ajoute "etcetera" mais sa voix est noyée sous les coups de grâce de mickey mantle"(3)...

A quelque temps de là, dans sa Chrysler aux jantes voilées, Dashiell transpose, écrit lui aussi. Sally vient d'arriver. Et, au moment de monter, Sally lui fait remarquer qu'on voit le ciel à travers la capote déchirée. Une Chrysler rose, ouais.

Dashiell Hedayat - Chrysler (1971)


L'énergie des esclaves par Leonard Cohen
Tarantula par Bob Dylan

En savoir plus sur Dashiell Hedayat, écouter Obsolete sur spotify


(1) L'énergie des esclaves - Leonard Cohen
(2) Portrait de l'artiste en pop star - Dashiell Hedayat
(3) Tarantula - Bob Dylan

Les deux traductions par Dashiell Hedayat ne semblent pas avoir été republiées chez 10/18, il faudra vous les procurer d'occasions. Par exemple chez abebooks : Tarantula et L'énergie des esclaves.


mercredi 11 janvier 2012

Degraded


While we're on about books about music, Greil Marcus latest's The Doors is being published by Faber in England and by PublicAffairs in the US. And it's not a guide to carpentry.

*there are two different covers, one bloody awful (previously posted and deleted) and this one. The choice is yours.

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #2 : Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin par François Bon


François Bon, je l'ai découvert sur une liste de Krzysztof Styczynski, à qui Joseph Ghosn demandait "Une playlist des éditions Caedere pour fêter la sortie [de son livre sur] Mahogany Brain". Juste au dessus de l'entrée sur Michel Bulteau. Styczynski, en parlant de François Bon, dit que c'est beau pour un possible académicien de se cramer un peu en parlant de sa vraie passion, les Stones et Led Zeppelin, et évoque l'Iliade et l'Odyssée version rock'n'roll. Embarquons.

François Bon à écrit sa trinité personnelle en trois livres : Rolling Stones, une biographie / Bob Dylan / Une biographie Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin. J'ai commencé par le Led Zeppelin, c'est ceux sur qui j'en savais le moins. Et leur réputation sulfureuse. Je l'ai lu l'hiver il y a deux ans, au même endroit où j'ai lu Bill Drummond 45,  au même endroit où j'ai lu Boris Vian Chroniques de Jazz. Un parfait recoin. Une grande cheminée. Pierre. Feu. Quelque chose de primaire.

Dans le Led Zep, comme pour les deux autres, l'écriture est sophistiquée, on progresse dans l'histoire du groupe par portraits successifs entrecoupés de flash back ou de flash forward sur des concerts ou des moments décisifs. Impossible de décrocher. Bonham, Les tambours d'Arthur Rimbaud ; les maisons studios planqués dans la campagne anglaise ; le géant nordique blond ; les nuits de débauche pour faire redescendre la tension après les concerts ; le trou noir d'un an de Jimmy Page ; la rencontre avec Elvis ; la tranche de jambon plaquée sur le sexe de Dahlia aka The Dog Act devant Vanilla Fudge et le grand chien danois & Bonzo & Cole... ; Robert Plant se promenant dans Barbès à la recherche d'autres Tinariwen...

Les phrases sont parfois malades, elles se construisent, décalent, improvisent mais la frappe est digne de Bonzo, la précison de Page et la voix vive, tendance suraiguë. Le Stones est très bon aussi mais plus long, plus détaillé, c'est le premier. Des scènes gravées dans les circonvolutions de parcours de Keith et Mick et un arrêt pipi dans une station service de la campagne française. Le Dylan est mi folk, mi électrique. Et l'ensemble est une référence entre sérieux du travail de recherche et travail d'écriture.

"Tension, attente. Un livre américain préciserait que rien ici n'est autorisé par ceux dont on va parler, unauthorized biography et pourquoi pas surveillance parentale requise pour entrer dans ses pages : for the next three hours, your mother wouldn't like it, ce qui va se passer, dans les trois prochaines heures votre maman n'aimerait pas, c'est ce que vient de crier le type invisible puis visage éclairé back to England, messers Bonham, Jones, Plant and Page !"*

Avec François Bon, les vieilles pédales émaciées retrouvent un peu de fraicheur.



Rolling Stones, une biographie - Fayard, 2002 et Livre de poche, 2004
Bob Dylan, une biographie - Albin Michel, 2007
Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin - Albin Michel, 2008

En savoir plus sur François Bon, aller sur ses sites tierslivre.net et publie.net.


* Intro de Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin par François Bon.

mardi 10 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #1 : Lester Bangs, Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués / Fêtes sanglantes & mauvais goût


Ça doit faire déjà plus de 7 ans que j'ai lu Lester Bangs et depuis je le reçois toujours comme un de mes meilleurs amis fantôme. Normal il m'a apporté "Astral Weeks" de Van Morrisson. Moi je connaissais que la face A selon Lester : White Light / White Heat du Velvet. Et il m'a appris que la face B indispensable du velvet, c'était Astral Weeks. Il écoutait les deux albums en boucle, enfermé chez lui, face A / face B. Et j'ai écouté Astral Weeks en boucle, enfermé chez moi. J'ai encore du mal à le partager avec d'autres personnes.

Il y avait aussi avec lui les Count Five, les Shadows of Knight, ? and the Mysterians, les Godz, Paul Revere and the Riders, bref tout le garage rock sixties qui a conduit au punk, d'ailleurs c'est lui qui a lancé le terme "Punk" en 1970, en traitant Iggy de "Stooge punk". Et j'ai acheté la compil Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968.

Il m'a raconté comment Elvis était mort dans ses WC, tard dans la nuit en essayant de pousser le hamburger de trop, celui qui faisait mauvais ménage avec toutes les pilules qu'il prenait. Et comment il aurait bien aimé en avaler n'en serait ce qu'une seule de ces saintes hosties, quitte à les faucher à l'autopsie... Lester, c'était un marrant.

Je le revoie sous un grand arbre, s'enfilant ses trois bouteilles de rouge en écoutant les trois premiers Black Sabbath, ou me parlant de Richard Hell le littéraire, fan de Huysmans. Il avait aussi pas mal de disques de Free Jazz, dont le Holy Ghost d'Albert Ayler. Celui là aussi je l'ai encore.

Question élocution, il savait y faire : Fêtes sanglantes & mauvais goût ; Grace Jones se branle ; James Taylor doit mourir ; Louons maintenant les célèbres nains mortifères ou : Comment je me suis castagné  avec Lou sans m'endormir une seule fois... Parce qu'avec Lou c'était l'amour vache. Une fois il m'a expliqué qu'on peut être le roi des cons et Lou Reed à la fois. Avant j'avais pas dissocié...

Pour les deux livres, foncez, c'est beau comme du Thompson (Hunter) et c'est même Greil Marcus qui fait la préface de Psychotic... (On y reviendra à Greil...)

Bon, je vous laisse, je dois pas être le seul à vous emmerder avec Lester, je vais essayer d’être pas le dernier.

Birdland with Lester Bangs - kill him again (1979)

Lire, aux éditions Tristram :
Lester Bangs - Psychotic reactions et autres carburateurs flingués
Lester Bangs - Fêtes sanglantes et mauvais goût
Jim DeRogatis - Lester Bangs, mégatonnique rock critic


Ecouter Birdland with Lester Bangs sur spotify.


lundi 9 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture

Aujourd'hui c'est décidé, je commence une nouvelle rubrique... que je n'arrive pas encore à nommer, je retiens pour l'instant "Critique de livres critiques"(1) ce qui ne me parait pas très bon et évoluera probablement (2). Cette nouvelle rubrique reposera sur un principe développé par Nicholson Baker dans U and I : A True Story (3) : la critique de livre, à livre fermé. Ou, plus littéralement, la critique de livre que l'on fait de mémoire, par le souvenir.

Nicholson énonce son principe comme suit :
"memory criticism, understood as a form of commentary that relies entirely on what has survived in a reader's mind from a particular writer over at least ten years of spotty perusal,"

Le principe est donc simple et plutôt amusant, encourage fortement la digression, provoque l'erreur, le contresens et possède une vertue centrale : que nous reste t'il d'un livre au jour le jour ? Comment s'inscrit-il en nous ? Quels souvenirs ré-écrivons nous ? Comment vivons nous avec lui ?

Il s'agira de parler de livres que l'on a lu, mais sans les ré-ouvrir, sans avoir pris de notes, uniquement à travers le filtre de notre mémoire. Ne jugeons pas un livre à sa couverture, jugeons en notre souvenir.

Dans notre cas nous resterons dans notre domaine de compétence et nous parlerons uniquement de livres ayant un rapport quelconque (comprendre qui nous arrange) avec la musique. Ce qui englobe les biographies, les hagiographies ; les livres écrit par des musiciens ; les livres dont une part importante repose sur la musique, etc... Cette liste est bien entendue complètement parcellaire et ne repose que sur nos caprices de lecture et nos affinités musicales et littéraires.

A titre d'exemple, il y sera question du Journal de Brian Eno, d'Yves Adrien, de Leonard Cohen, de Shaun Ryder, de Lester Bangs, de "Nous sommes jeunes, nous sommes fier", de Bill Drummond, de Led Zeppelin par François bon, de Mikhaïl Boulgakov.... et de pas mal d'autres livres.

Nous n'oublierons pas bien sûr d'ajouter un extrait musical en rapport avec chacun de ces livres.

Oh, can't you see -- whoa, you've misjudged me / I look like a farmer but I'm a lover / You can't judge a book by lookin' at the cover.


(1) Origine de "critique" d'après le petit robert : "bas latin criticus, grec kritikos, de krinein « juger comme décisif »"
(2) après relecture, le titre "Ne jugeons pas un livre à sa couverture" me parait plus pertinent. Merci Bo.
(3) Updike & moi en français

lundi 2 mai 2011

Pontypool


Oubliez Troll Hunter, parce que c'est le premier par qui ma liste commence et qu'il est donc forcément hors contexte. Oubliez un instant la musique, parce que là, il s'agit d'un film.

Oubliez Je suis une légende et la solitude de Will Smith, oubliez La nuit des morts vivants et l'interview télévisée d'ouverture de Zombie, oubliez L'armée des morts et ses morts hystériques, ce sont toutes de fausses pistes.

Pensez aux Eclipses monstrueuses touffues d'arbres de Tristan Tzara, à la page 77 d'Arcane 17 d'André Breton, à Tarantula de Bob Dylan traduit par Dashiell Hedayat. Pensez à Nocturne Vulgaire d'Arthur Rimbaud.

Oubliez 28 jours plus tard et ses militaires, ils ne servent à rien. Oubliez Shaun of the dead et ses Pubs refuges, 30 jours de nuits et ses bouches ensanglantées. Oubliez les bruits du générique de fin de Blair Witch, le décalage du son et de l'image des dialogues de Twin Peaks. Pensez à l'homme de radio aveugle dirigeant le conducteur de Vanishing Point vers son destin. Oubliez le commissariat abandonné d'Assault on Precint 13, le désespoir de Carriers et l'existentialisme des Fils de l'homme.

Pensez à Howl de Ginsberg, au Language is a virus de William Burroughs, à Blason-Oracle de Jean Cocteau, au Club Dada à Berlin, aux Situationnistes punk de Greil Marcus, aux cauchemars de Danielewski construisant sa Maison des feuilles.

Oubliez tout sauf PontyPool. La piscine de Ponty. Pool of Ponty, PontyPool, Po-onty Pool, Ponti Poule, P-Onty Pool ! Pont y Pool, PontyP howl, Ponty, Pont-ont tipool, Pont PontyPool, Ponty ty ty ty ty Pool. PoooooooontyPoolllll...


PS : la bande annonce ne réflétant absolument pas l'ambiance du film, et en l'absence de sortie ciné en France, je me suis permis de publier le premier quart d'heure du film, trouvé sur youtube. Plus d'infos sur PontyPool ici. Le dvd est disponible en VO ici.

vendredi 29 avril 2011

Nothing Was The Way We Were, a mixtape by theofflinepeople.blogspot.com



Les poissons qui changent de sexe sous l'effet de polluants de type œstrogène sont un peu comme les hommes politiques qui changent de bord, de progressistes à conservateur, ou de conservateur à extrême droite par exemple : ils réagissent au contexte. Environnemental ou politique, c'est la même chose. Nous réagissons tous au contexte. Nous sommes des figures de la transformation, du passage d'un état à un autre, figé à un instant T mais mouvant dans celui d'après. Ambivalents et inattendus.

La théorie vagin/fleur de Camille, saignant et se répandant sur le tissu que Léonard aurait utilisé pour améliorer son deltaplane s'il n'était pas mort avant de pouvoir changer le cours de l'histoire. Merde. Moi, Claudius, jouerai les imbéciles pour votre bon plaisir ! Et Dorothy et Toto (le chien, pas le groupe). Et les hémorroïdes antiques. 

L'hippocampe mâle féconde la femelle, elle porte les bébés durant l'essentiel des phases de gestation, puis les transfère au père qui les porte durant les derniers stades et les met finalement au monde.(1)

Cobain, l'homme fragile, collectionneur d'écorché de femme est invariablement associé pour moi, comme un Janus aux deux visages, aux femmes dominatrices, exubérantes, révélées de Russ Meyer. Faster Pussy Cat Kill! Kill! Kobain. Petite Supervixens... Mais les femmes de Russ Meyer par leur étrange magnétisme, leur féminité extrême, cachent aussi en elle une double facette, un prolongement masculin.

Il y a des années, au collège, j'ai rencontré la femme parfaite. Or perhaps a man's idea of the perfect woman. Ou peut-être l'idée que l'homme se fait de la femme parfaite. She had flawless and dewy skin, angular cheekbones, a cinched waist, milkmaid breasts, long legs, dove-like hands, lush long hair. Elle avait une peau parfaite et rosée, les pommettes anguleuses, une taille cintrée, la poitrine généreuse, de longues jambes, des mains fines, et une abondante chevelure. [...]

She was the perfect woman on the outside, and inside she felt perfectly female. Elle était la femme parfaite vue de l'extérieur, et elle se sentait complètement femme. But she was genetically male (XY). Mais génétiquement, c'était un homme (XY).(2) Typiquement la Russ Meyer Girl. La super-femme fantasmée depuis 1960 est un hermaphrodite mâle.

I was born twice: first, as a baby girl, on a remarkably smogless Detroit day in January of 1960; and then again, as a teenage boy, in an emergency room near Petoskey, Michigan, in August of 1974.(3)

Moi aussi je suis né deux fois : avant de lire le roman de Jeffrey Eugenides, Middlesex et après avoir pris conscience de la subversion des Russ Meyer Girls. Je suis même né de nombreuses autres fois, articulé par les rencontres, la musique et les livres. Mais revenons à Middlesex. Ça raconte l'histoire d'un hermaphrodite né femme et qui à l’adolescence devient progressivement un homme. Enfin c'est la partie saillante de l'histoire. Le roman s'appuie surtout sur une histoire alternative de l’Amérique à travers ses migrants, trois générations, et une hybridation des mythes actuels et antiques. Un croisement des langues, des cultures, une métamorphose. Et une scène ou le narrateur devenu mâle, rencontre la femme fantasme, une Russ Meyer Girl, qui bosse dans un club de strip-tease aquatique et qui est en fait un hermaphrodite mâle, un shoot de pure œstrogène avec surprise à la clef.

Hey! Wait! I've got a new complaint ! (4) 
Au même instant, sous une seule tête, les deux corps se sont unis. Tels deux jeunes rameaux, liés l'un à l'autre, croissent sous la même écorce, et ne font qu'une tige. Hermaphrodite et la Nymphe ne sont plus ni l'un ni l'autre, et sont les deux ensemble. Ils paraissent avoir les deux sexes et ils n'en ont aucun.(5)

Conclusions évidentes n°1 : Cobain est mort trop tôt, il n'a pas eu le temps de réécrire son Journal, ni de transformer Nirvana en groupe de dance à la Gang of Four ; Russ Meyer est un supervicieux ou possiblement un hippocampe et ce texte est très décousu, hybride ?. Conclusion complémentaire : il faut se méfier de Marine Le Pen, autre figure du double (thème amorcé dans l'intro mais non développé par la suite).

Conclusion de toutes ces conclusions : Nous sommes peu de choses. Réfléchissez-y la prochaine fois que vous verrez un politicien, un film de Russ Meyer, ou une fille sublime dans la rue. Forever in debt to your priceless advice...(4)


(1) Kurt Cobain, Journal.
(2) Témoignage facebook.
(3) Jeffrey Eugenides, Middlesex.
(4) Nirvana, Heart Shaped Box.
(5) Métamorphoses d'Ovide : Hermaphrodite (IV, 285-415)

Pardon My French


Nothing Was The Way We Were, a mixtape by the offline people

01 VHS or Beta - Alpha Theta (2007)
02 Chaz Jankel - 3,000,000 Synths (1981)
03 Ceephax Acid Crew - Acid On Sea (1998)
04 Travus T. Hipp - Cable News (28.09.2007)
05 Jimmy Ross - New York To Moscow / Other Version (1984)
06 Farmers Manual - Biomagic 1 (1996)
07 Mit - Pudong (2010)
08 BBC4 - Endoctrine Disruptors (11.08.06)
09 Konk - Alien Jam (1986)
10 Pixeltan - No More Delay (2009)
11 Lowfish - 1000 Corrections Per Second (2003)
12 Joubert Singers - Stand On The Word / Larry Levan Radio Edit (1985)
13 The Hollywood Edge - Forest Ambiance 2 Special mix

dimanche 31 janvier 2010

interview : Joseph Ghosn


Joseph Ghosn a été journaliste aux Inrockuptibles (2000-2008) ; est actuellement directeur éditorial des sites de Condé Nast France (Vogue, Glamour, GQ, AD) et vient de sortir une biographie sur La Monte Young et le courant minimaliste.

De sa découverte du drone avec Dreamweapon des Spacemen 3, il nous emmène au centre de la vie de La Monte Young et de ses échos sur Terry Riley, le Theater of Eternal music, John Cale, Philip Glass jusqu'aux plus récentes ré-interprétations comme Earth, Sunn O))) ou Kevin Drumm... De quoi déployer le temps de ces longues soirées d'hiver.

1. Votre 1er souvenir musical ?
Je ne sais pas si c’est le premier, mais le plus présent dans mes souvenirs reste le concert de My Bloody Valentine au New Morning vers 1988/1989. J’étais lycéen et j’en suis resté assourdi pendant une semaine. Je me rappelle aussi la chanson de High Noon (le train sifflera trois fois), chantée par Tex Ritter.

2. Le meilleur disque que l’on vous ait offert ? Le pire ?
Le meilleur : When Angels Speak of Love de Sun Ra. Le pire ? on ne m’offre que des bons disques…

3. Le 1er disque que vous ayez perdu  ?
Ma cassette de la BO d’Indiana Jones, restée à Beyrouth en 1984.

4. Votre nom de groupe de musique imaginaire ?
Discipline (mais je fais vraiment de la musique sous ce nom :  www.myspace.com/disciplinedrone)

5. A quel moment aimez-vous écrire ?
Le matin, quand il n’y a pas un bruit.

6. A quoi ressemblera la musique dans 50 ans ? dans 5000 ans ?
Ce sera un immense drone continu.

7. Quel album ignoré ouvrira un nouveau genre musical ?
Il n’y a plus d’albums ignorés, malheureusement.

8. Quel album n’aurait jamais dû exister ?
N’importe quel album d’Arcade Fire et Gossip.

9. L’album idéal pour l’apéro ?
Un album, ce n’est pas fait pour…  Mais un album de Nancy Sinatra peut passer n’importe quand.

10. Votre featuring rêvé ?
Lee Hazlewood sur un disque de Neu.

11. Le disque dont vous avez peur ?
N’importe quel disque de Burial Hex.

12. Le disque que vous aimeriez écouter ?
L’album inédit de La Monte Young enregistré en bord de mer à la fin des années 1960 & L’album de Johnny Mathis produit par Chic.

13. Le film qui vous  a donné envie d’écrire ?
Shadows de Cassavetes. 

14. Le morceau méconnu que tout le monde devrait connaître ?
Tippy Toes de Nancy & Lee 

15. L’album ou l’artiste que vous n’aimeriez pas être ?
Il y en a tellement…

16. La reprise que vous aimeriez chroniquer ?
Glory Road par Scott Walker.

17. Le mashup que vous aimeriez chroniquer  ?
Celui du dernier défilé Lanvin

18. L’album idéal pour écrire ?
Peut-être le 4ème album de Scott Walker.

19. Avez vous déjà eu des hallucinations auditives ?
Tous les jours depuis…

20. Comment aimeriez vous mourir ?
Jean-François Bizot voulait que l’on passe Disco 3000 de Sun Ra à son enterrement. Moi, je ne sais pas encore…



Aller sur le blog de Joseph Ghosn et écouter Disciple.