jeudi 23 mai 2013

Les yeux demi-clos : Pharoah Sanders au New Morning


Pharoah Sanders à les yeux demi clos, les paupières tombées sur des globes indifférents, clairs comme des lunes se reflétant dans une eau sombre. Il me semble y voir le premier signe d'un monde inversé, qui ne serait plus basé sur le jeunisme musical hérité des 60's. Un monde étrange où l'industrie musicale ne se focaliserais plus sur l'adolescente de 14 ans. Un monde ou il n'y aurait personne en dessous de 70 ans sur scène.

Et ça pourrait être amusant : les concerts seraient plus apaisés, longs ou erratiques. Ils commenceraient toujours en retard, et il faudrait systématiquement une pause au milieu, pour toutes les raisons que vous imaginez. Leur qualité ne seraient plus indexée sur la tension ou la brutalité des sons, mais sur leur lenteur, leur apparition ou leur disparition soudaine, quand ils leur plairaient.

Les stars des charts ne seraient plus Lady Gaga ou Emmanuel Moire, tout simplement parce que l'idée même de décerner des félicitations pour des quantité vendues semblerait un peu futile et le public se hâterait lentement de célébrer des artistes comme Brigitte Fontaine (73 ans), Ornette Coleman (83 ans), Lee Scratch Perry (77 ans), Terry Riley (77 ans) ou Pharoah Sanders (72 ans).

Bien sûr il y aurait des mécontents, comme l'ingénieur du son du New Morning de l'autre soir, menacé d'égorgement gestuel par le batteur et que Pharoah semble avoir lui aussi pris en grippe. A la pause, je me rapproche de la console pour avoir un peu plus d'infos. L'ingénieur du son, la tête dans les mains : "'pffff, y se lève à 14h, y vient pas à la balance et après y gueule pour qu'on lui change son micro en plein set... ça fait trois fois que je fais le son pour Pharoah - oui, récemment - et c'est la première fois qu'y me fout un tel bordel..."

C'est vrai que passé le premier morceau, une petite merveille comme "Sun In Aquarius", qui laissait présager le meilleur, Pharoah fait des signes pour qu'on lui monte son volume, puis semble boudeur, joue un peu, ne joue plus, joue volontairement à 2m du micro, s'assoit en bout de scène, reprend son souffle ou boude encore, part en loge, y reste 10 min, revient, reboude, se cale le dos sur le bord d'un pilier près de la sortie, avance d'un pas lent comme freiné par des pantoufles sur une moquette épaisse et rejoue de belles envolées. Son trio est plutôt bon et essaye d'assurer pendant les promenades de leur saxophoniste. Puis après toutes ces pauses, c'est la pause officielle : on nous prévient que Pharoah sera de retour dans 15 min. Je sors fumer une cigarette. Dehors le batteur de Pharoah me confirme qu'il a effectivement un problème de larsen dans son retour de caisse claire, mais bon il fait avec. Devant moi un vieux monsieur au dos vouté portant un T-shirt Public Enemy, vient se plaindre au videur d'une voix éraillée par l'alcool, qu'il y a "beaaaaucoup" trop de jeunes qui fument des joints devant la porte, ouais là-bas.

Puis Pharoah reprend son set et ses flâneries scéniques - peut être un peu moins cette fois ci ? - et je quitterai progressivement la salle, encore suivi de quelques solos de sax dans la rue, obsédé par ses yeux parfaitement demi clos dans lesquels je retrouve les fascinants mouvements arthritiques de Brigitte Fontaine qui cherche la Porte Dorée, le costume blanc aux dégoulinures bleues roses d'Ornette Coleman appuyé sur un tabouret haut et la colère apaisée de son langage musical, les habits sombres et les notes fantômes du piano de Terry Riley et les déraillement de voix de Lee Perry ajoutant au punk de ses cheveux mauves. Ce sont aussi des histoires de Johnny Rotten mais au lieu d'exploser, ceux ci auraient magnifiquement rouillés.

mercredi 22 mai 2013

New York Series 4: Memory Fraught And The Queens Of The Village


A month has passed and my memory is finally fragmented by the distance separating me, cusp inductor, not yet readily in control of the changes operating in the me, present now, failing to recreate the fluid motion that tantalized the reconnection of my body particles at the time, and the words hurl themselves at the page, sporadically, I can’t get back into the self that could talk, communicate what my experience was, how it felt, what even this experience was.

I know I should have tried harder a few weeks ago. Then, typing the story of my time in New York came naturally - in this state of Nature that doesn’t think but lives, contracts and grows. It followed the cycles of birth and death and new beginnings in an altered state. But my memory is now ambiguous and can only be painstakingly collected by searching through photos, the internet, what exhibition or park did we see. The me that was there has definitely died and been absorbed by this me who is trying to write its epitaph.

He was in New York on the 5th of April, saw an exhibition at the Met about Blues and its aesthetic, walked in Central Park and dined on oysters in the Village, watched Blues rattle away in a club on Stonewall Place, came back happy to Brooklyn, a merry man Crisp beer in hand, and disappeared.

This isn’t enough. I went to the Marian Goodman Gallery on...W 57th St. I saw an exhibition by...Danh Vo. “Mother Tongue”, I remember. There was an old bag, not the artwork but a lady that didn’t like me helping myself to a flyer in front of her, I said sorry. She wore round glasses and her grey hair was parted in the middle. Maybe a black turtleneck? And in the exhibition there was a letter signed by John Kennedy. Bits of furniture. Mother Tongue, I didn’t make the link and now I can’t remember what it was about but Chloe had the genius to understand and explain it to me very briefly. We had taken the lift - the elevator - and couldn’t find the exit, escaped at the back in a different avenue.

We caught the train and swooped down towards 6th avenue, Spring St, where Chloe wanted to find Anthropologie. I pulled upwards past Bedford St and Downing St, towards Winston Churchill square, up on Bleeker St to meet Benjamin in Fish but he wasn’t there so got a beer in the Blind Tiger. With Ben. The barman wore leather trousers and had long blond hair. The beer had a strange name, its style I mean, something starting with an S, even the internet won’t help me, not listed in the draught beers anymore. It was fruity. Ben made a joke about my liking of the fruity kind.

We sat by the window. Chloe joined us but it was time to leave. Better beat the queue at Fish, the line I remember; that’s what they call it. We drank two beers in the waiting area on a bench outside, a terrace covered by a blue awning. A man stroke a conversation when I ordered the second round, told me he had lived in London. He had curly hair, his mother was Jewish.
We had to wait for a while because a table of three is a large party.
But finally we’re in, first round of oysters, six each, served on ice on a silver platter. We drank Pabst Blue Ribbon but the man at the bar earlier insisted I call it PBR. $8, half a dozen oysters and a pint! The waitress came back, we had finished but at $8 we couldn’t refuse another round, PBR, oyster croutons, three extra molluscs on the platter.

Satiated, we looked for desert. Not far we found a place where we could purchase sorbets in unusual flavours and combinations, on a stick, dipped in chocolate, hundred and thousands - I was plain and had pineapple.

Then we searched for the 55 Bar on Christopher St, but really Stonewall Place, and then I realised: the Stonewall riots, flashes of fists in the darkness, this is where it happened. I told the story, no one cared that much.

The 55 bar was fairly quiet, Michael Packer not yet on stage. We had more beer, waitress on the ball, knowing her business, a nod and a wink would get us a glass once the crowd had gathered and the blues was too loud. I am facing the wall and just there, between Chloe and Benjamin is Ornette Coleman, amongst jazz players, a black and white photograph.

I had come to see jazz but jazz clubs are blues bars, so I went to smoke a cigarette outside. Not the reason, just the nicotine. I like Michael Packer, he was born in New York City. While I was smoking outside, a bus pulled over in front of the Stonewall Inn. A lady in stilettos handsomely hit the pavement. And another one. And another one. A busfull of dames walking peacefully through the door, without fuss, with their fake eyelashes and boa feathers and glamour.

dimanche 19 mai 2013

Seulement la toundra



Comme le précise Kabul à propos de son album :
"Cet album parle de la maison qui n’est plus.
Parle d’un homme qui entre dans la maison de l’enfance,
mais à l’endroit de cette maison, seulement la toundra."

Et de cette maison, j'aime son piano dans la grande entrée, et les lentes oscillations synthétiques qui parcourent ses couloirs émouvants.

L'album de Kabul - Threshold House est en téléchargement gratuit sur nowaki-music.org

Short & Sweet



"'Short and Sweet' is one of the few recordings made by composer and saxophonist Terry Jennings, one of the forgotten artists of early minimalism, and one of the most intriguing..." (more on youtube)

samedi 18 mai 2013

Ouroboros, le début et la fin de toutes choses : Oiseaux-Tempête, Eric Chenaux & Gareth Davis à l'église Saint Merri


Je marque une nouvelle page d'Apathy for the Devil de Nick Kent et commande une deuxième pinte au serveur de Dame Tartine qui arbore un très beau T-shirt "Brian Jonestown Massacre". Après ma découverte de l'Eglise Saint Merri, vendredi dernier pour le concert de Cheveu, je suis de retour dans ces mêmes lieux, mais cette fois ci la forêt de colonne à disparu. On vit rarement deux fois.

Quoiqu'il en soit, les pulsations lentes d'Oiseaux-Tempête font maintenant vibrer l'alignement glacial des sièges et le concert devient parfois tellement bon - notamment grâce à l'apport de la clarinette basse de Gareth Davis - écouter Ouroboros ci dessous - qu'il nous permet d'oublier momentanément la vidéo idiote projetée en fond, nous montrant des morceaux de films de vacances de gentils hippis dans le coucher de soleil et des images de méchants néo nazis le bras tendu et la bave aux lèvres, qui me fait parfois me sentir mort près à être découpé en tablettes de soleil vert.

Ici, je devrais probablement développer un argumentaire sur le fait qu'un concert de musique lente ne nécessite aucunement d'être décoré d'images gadget et plus particulièrement dans lieu aussi peu neutre qu'une église, et que quelques éclairages adroitement disposés nous aurait bien plus permis de rentrer dans la musique souvent majestueuse et menaçante d'Oiseaux-Tempête, mais le 21e siècle aime les distractions visuelles. Bref.

Le temps pour nous d'une courte pause au cubi de vin rouge faisant office de bar et le même Gareth Davis revient sur scène avec Eric Chenaux pour des improvisations clarinette basse versus guitare électrique au volume fragile. Elles seront malheureusement plusieurs fois brisées par le rire offensant d'une andouille très démonstrative, et la fin du concert sera également déclenchée par une salve d'applaudissement de ladite même andouille, emmenant le reste du public avec lui et signifiant aux artistes toujours en suspend, l'arrêt de leur jeu. Je pense à ce moment précis en regardant le rieur pas drôle qu'il n'y a peut être pas que le serpent Ouroboros qui aurait dû avaler sa queue ce soir là...



vendredi 17 mai 2013

Prix Ars Electronica 2013 : les gagnants de la catégorie Digital Musics & Sound Art

Notre sélection des gagnants du Prix Ars Electronica 2013, catégorie Digital Musics & Sound Art:


Borderlands Granular / Chris Carlson (US)
www.borderlands-granular.com


 Cube with Magic Ribbons / Simon Katan (GB)
www.info.simonkatan.co.uk/soundcircuit



The Half / Intermedia Chef (KR)



Works for Wave Field Synthesis / Robert Henke (DE)
roberthenke.com

jeudi 16 mai 2013

New Radiations


Ok it might not be avant-garde but who doesn't like a fresh pair of dirty underwear?
This one's for you Flo.

mercredi 15 mai 2013

Quand la voix est là



"Three unreleased tracks from the legendary Psychotic Garage band from NYC circa 87-92 including a 7 minutes long cover of "Sympathy for the Devil". "

Comme le disait un vieux d'un air entendu à son pote juste à coté de nous pendant le concert de reformation des Seeds en 2004 : "Quand la voix est là..."

Voir la discographie de The Ultra 5 et le site du label Tryptic Records

lundi 13 mai 2013

Interview : Colleen (Cécile Schott)



Certaines soirées mettent du temps à se révéler. Celle ci eut lieu il y a une douzaine d'années, dans le sud de Paris, dans une maison en colocation où R. des Ultra Milkmaids avait organisé un barbecue, c'était l'été.

Dans le salon la chaîne Hi Fi est à plein volume et R., large sourire aux lèvres, exhibe fièrement la pochette de son vinyle de Jan & Dean.
A l'extérieur, dans la cour, Tamara des Konki Duet discute avec Sébastien Roux dont les yeux se mettent à briller quand il chante Discipline de Throbbing Gristle. Tamara sourit elle aussi, une kronenbourg à la main. De retour dans la maison, Cécile Schott est assise dans ce que je me rappelle être un large canapé, l'air un peu timide. Y., l'autre moitié des Ultra Milkmaids, l'encourage : "Mais si, tu t'en fou, ta démo elle est bien, tu l'envoies à un label et ça va le faire... Mais non, ya pas de raisons... jsuis sûr que ça va marcher". Un peu plus loin Sébastien Roux joue frénétiquement un riff de Metallica sur une guitare folk. Enter Sandman, peut être.

Puis quand tout le monde est couché, je me rappelle R. & Sébastien Roux qui partent au levé du jour avec une pelle à poussière en métal, l'air déterminé, pour tenter d'assommer le coq du voisin qui les empêchent de dormir ; et leur mine vaincue quand ils reviennent en bredouillant "'tain, le grillage est trop haut"...

Depuis Colleen a joué son premier concert au Batofar en 2002, avec My Jazzy Child et une petite machine à bulles un peu baveuse, avant de signer en 2003 pour trois albums sur le label Leaf. Dix ans plus tard, après quelques déboires avec Leaf, deux tournées très denses en 2007 et 2008, et une absence introspective de quelques années, elle sort sur le label Second Language son quatrième album : The Weighing Of The Heart. Si vous avez jamais écouté le Sea Shells de Peggy Lee, son album aux textes sous marin sur des airs de harpe et de harpsichord, vous aurez une idée de l'ambiance générale du dernier disque de Colleen. Pour les détails, on y retrouvera aussi des échos de Laurie Anderson - période Big Science - dans le travail des voix, et certaines répétitions minimales de Wim Mertens - comme sur Maximizing the Audience.

Tout le reste, comme les accordages non standard de sa Viole de Gambe, son grain de voix envoûtant ou ses réponses à nos vingt questions lui appartiennent pleinement.


1. Votre 1er souvenir musical ?
C’est vraiment difficile pour moi de définir un premier souvenir musical “général”, par contre je me souviens d’un cousin plus âgé que moi, quand j’avais peut-être 6 ans, qui avait reçu un petit orgue Bontempi en cadeau et j’avais tout de suite adoré. Par la suite mes parents m’achetèrent un Bontempi rouge, que l’on entend d’ailleurs (très ralenti) sur le morceau « A swimming pool down the railway track » dans mon premier album Everyone alive wants answers. En tout cas, ça a été sans nul doute mon premier contact avec un instrument, et c’est presque émouvant pour moi de penser à la petite fille de 6 ans que j’étais alors qui ne pouvait avoir aucune idée de l’importance qu’allait prendre la musique et les instruments dans sa vie !

2. Le meilleur disque que l’on vous ait offert ? Le pire ?
Je vais détourner légèrement votre question car dans ma vie les disques qu’on m’a prêtés ont eu bien plus d’importance que les disques qu’on m’a offerts (et je pense qu’on m’en a offert peu en général) : la BO d'Imagine prêtée par une amie du collège, contenant « A day in the Life » des Beatles. Ce morceau, que je continue d’adorer comme au premier jour, a vraiment été LE révélateur pour moi : j’écoutais de la musique, mais à cet âge-là (12-13 ans) j’écoutais surtout ce qui passait sur les grosses radios (j’avais même été abonnée au magazine TOP 50…) et quelques disques plus intéressants appartenant à mon grand frère et à mes parents, mais même si j’aimais la musique, c’était plutôt une toile de fond dans ma vie. Avec « A day in the life », j’ai ENTENDU la musique pour la première fois, et je pense que ça a vraiment changé ma vie.

Quant au pire disque qu’on m’ait offert, je pense que c’est moi très jeune qui ait été responsable des seules horreurs qui sont vraiment rentrées dans ma vie, à savoir des 45 tours qui marchaient à fond quand j’étais petite. Cela dit, j’imagine que même cette musique ultra-commerciale a quand même dû jouer un rôle formateur, même à une échelle microscopique…

3. Le 1er disque que vous ayez perdu ?
Je ne perds pas mes disques ! ;-)

4. Votre nom de groupe de musique imaginaire ?
J’ai déjà eu tellement de mal à trouver mon pseudo que vous n’allez pas me faire créer un nom de groupe de sitôt !

5. A quel moment aimez-vous faire de la musique ?
Je suis une lève-tard, donc plutôt l’après-midi, et si j’ai la chance d’avoir mes instruments avec moi, soir et début de la nuit si je ne suis pas trop fatiguée.

6. A quoi ressemblera la musique dans 50 ans ? dans 5000 ans ?
En 2060, à la musique de 2030 sûrement, puisque visiblement tout semble se recycler par « cycles » de 30 ans. Dans 5000 ans, quelque chose me dit que l’être humain ou l’univers lui-même aura eu raison de notre planète, donc j’imagine qu’il ne restera plus que la musique des sphères…

7. Quelle a été la rencontre capitale de votre vie ?
Trop personnel !

8. Vous accordez votre Viole de Gambe comme une guitare, ce qui produit des sonorités inhabituelles pour une oreille européenne. Que vous apporte cet accordage non-standard ?
En fait c’est un accordage non-standard seulement en relation avec l’instrument (dessus de viole) auquel il est appliqué, puisque bien sûr l’accordage lui-même est connu de n’importe qui ayant une guitare ! Avec ce changement tout simple, j’ai l’impression d’avoir vraiment trouvé l’instrument hybride que je cherchais depuis longtemps : j’avais envie d’un instrument petit et léger (le dessus a à peu près la taille d’un alto), qui pourrait sonner comme plusieurs instruments suivant le style de jeu, et surtout qui ne serait pas connoté musique européenne. Combiné au fait que j’ai commencé à apprendre des bases de percussion, cela m’a vraiment ouvert un champ d’exploration très large, car ça m’a amené à une approche plus rythmique dans mon jeu sur instruments à cordes (violes et guitare), et je pense que j’en ai encore pour de nombreuses années avant d’avoir fait le tour des possibilités.

9. L’album idéal pour l’apéro ?
N’importe quel très bon disque de musique jamaïcaine : des années 60 jusqu’au début 80, c’est une musique qui regorge de pépites, et qui systématiquement me met de bonne humeur.

10. Votre featuring rêvé ?
Lee Perry sur ma musique peut-être ?

11. Le disque dont vous ayez peur ?
La musique peut faire peur ?

12. Vous avez fait un grand nombre de date live entre 2007 et 2008, puis vous avez souhaité ralentir le rythme, jusqu’à ce nouvel album. Quelle est votre position sur la métamorphose du monde musical que nous vivons actuellement entre autres vis à vis du statut de l’objet enregistré et celui du live ?
Je pense que la situation aujourd’hui est vraiment complexe : les téléchargements pirates ne sont que la partie émergée de l’iceberg et je trouve assez hypocrite que la plupart des débats se focalisent là-dessus. Je trouve tout aussi «réductrice» la position des personnes prônant le tout libre/tout gratuit, et la diabolisation de la SACEM par des personnes qui ne s’y sont jamais inscrites et qui donc ne peuvent pas vraiment savoir ce qu’ils gagneraient à le faire : généralement, ces personnes, en prônant le tout libre, ne prétendent pas vivre de leur musique, or je pense qu’il y a bel et bien la place pour un monde où un musicien pas forcément «commercial» gagne sa vie grâce à ses droits d’auteur et à ses enregistrements, sans diaboliser ni les «pirates» ni les organismes officiels type SACEM.

Pour moi le chaînon manquant dans ces débats sur le futur de l’industrie musicale, c’est une discussion réelle sur les problèmes liés aux manquements des labels par rapport à leurs obligations contractuelles : en 10 ans de musique à niveau «professionnel», j’ai connu énormément de musiciens de tous pays et genres musicaux, sur des labels de taille variée, et mis à part un ou deux musiciens, je n’ai jamais rencontré personne qui m’ait dit être sur un label lui communiquant ses comptes (chiffres de vente, dépenses, et tout ce qui tourne autour de l’exploitation d’un disque) en temps voulu et lui payant ensuite ses royalties sans qu’il ait à réclamer son dû de manière soutenue sur des périodes de plusieurs mois, voire plusieurs années (et ceux qui arrivent à se faire payer sont dans la minorité «chanceuse»). Cette situation est tout simplement dégradante pour tous les musiciens qui la vivent, et révoltante, et pourtant, (presque) personne n’en parle !

Je crois que vivre de sa musique aujourd’hui, c’est ça : travailler dur d’un point de vue administratif pour essayer d’obtenir des droits provenant d’organismes type SACEM qui ont l’énorme avantage de payer tous les 3 mois sans avoir besoin d’être relancés, savoir être ferme (euphémisme) avec son label lorsque c’est nécessaire, et arriver à ne pas se laisser «bouffer» par toutes ces considérations déprimantes lorsque vient le moment de faire de la musique.

Quant au statut de l’objet enregistré, je crois qu’il est plus que jamais nécessaire de faire un objet réellement beau, qui justifiera pleinement l’achat du disque-objet. Pour ce qui est du live, pour moi ça reste vraiment important premièrement d’un point de vue musical, deuxièmement parce que c’est le moment où je peux rencontrer les gens qui écoutent ma musique, font le geste d’acheter le disque, etc – bien sûr le concert est un événement musical et visuel, mais pour moi c’est avant tout une rencontre humaine.

13. Le morceau méconnu que tout le monde devrait connaître ?
Il y en a tellement, mais je dirais les deux premiers morceaux extraits de cet album absolument merveilleux : African Brothers Band (International) - Tribute To Dk.

14. L’album que vous n’aimeriez pas être ?
Dans la vie j’essaie plutôt de dire les choses positives et si je n’ai rien de positif à dire alors je me tais, donc là je vais faire pareil.

15. Vous avez joué sur plusieurs titres des Ultra Milkmaids (sur l’album Pocket Station et sur The Chickens in the Kitchen), quels rapports entretenez vous avec eux et leur musique ?
Cela fait longtemps que je n’ai pas vu Yann et Rodolphe étant donné la distance géographique qui nous sépare, mais les rencontrer en 1995 a été pour moi un moment décisif : cela m’a ouvert d’autres horizons en termes de musiques à écouter (ce sont eux qui m’ont fait découvrir le premier album de This Heat – un autre disque qui a changé ma vie), mais surtout cela m’a montré une autre manière de faire de la musique : ils ont été les premières personnes que j’ai vu utilisant l’ordinateur, en conjonction avec de vrais instruments, et je pense que même si moi-même je n’ai pu me servir d’ordinateur que bien longtemps après, j’ai vraiment eu de la chance de pouvoir rencontrer des personnes travaillant ainsi à cette époque-là, bien avant l’explosion électronica et bien avant que l’informatique pour tous se développe. Je pense qu’en France ils ont été de vrais pionniers et des vrais passionnés!

16. La reprise que vous aimeriez faire ?
Je suis en train de travailler sur deux reprises actuellement, je vais les jouer en live donc je ne dis rien pour préserver la surprise, mais ce sont deux morceaux que j’adore donc je suis vraiment heureuse de m’y être attelée !

17. « Imaginez que vous vous réveillez demain, et la musique n’existe plus. Il n’y a plus aucun instrument, aucun enregistrement sur terre. » Que feriez vous ?
Chanter bien sûr, et ramasser tout objet qui me permettrait de commencer à faire un peu de musique instrumentale à nouveau : percussion avec bois (s’il en reste), pierres, os ; trouver des cordes et les tendre sur un arc de bois ou une caisse de résonance naturelle pour faire une petite harpe… Bref je ferais sûrement la même chose que ce qu’ont fait nos ancêtres!

18. Le texte que vous aimeriez mettre en musique ?
Je pense que je n’ai pas vraiment ce genre de rapport au texte, c’est-à-dire que je ne vois pas un texte écrit sans musique comme étant «fait» pour être mis en musique – du moins pas pour l’instant.

19. Avez vous déjà eu des hallucinations auditives ?
Non, par contre quand j’enregistre j’ai tendance à m’obséder sur le moindre bruit de fond et c’est très difficile de trouver l’équilibre entre ce qui relève du souci légitime d’obtenir un bon enregistrement et ce qui relève de l’obsession où effectivement on a l’impression de commencer à entendre le bruit de l’air!

20. Comment aimeriez vous mourir ?
Comme tout le monde non ? A un âge avancé, en ayant encore une belle santé mentale et physique, en ayant la chance d’être encore entourée de personnes aimées, tout à coup dans mon sommeil.


Le nouvel album de Colleen, The Weighing Of The Heart est disponible ce jour chez Second Language music. Ecouter des extraits ci dessous, et voir la liste de ces futurs concerts ici :



Aller sur le site de Colleen, sur son souncloud, écouter ses albums sur spotify et voir le site de Iker Spozio, le graphiste qui travaille avec elle.

jeudi 9 mai 2013

Révérences





Reverence (Mark Stent mix) by The Jesus and Mary Chain on Grooveshark

Trois versions du Reverence de Jesus And Mary Chain. L'originale pour commencer, puis la version de Al Jourgensen de Ministry et celle du producteur/remixer Mark Stent. Trois révérences donc.

mardi 7 mai 2013

Death Grips at the Forum, Kentish Town, UK 02/05/13


9.30pm they started. They started at 9.30 when I am wondering where the drummer is. Everything’s set, Burnett and Morin are on stage but there is no sign of a drumkit. There was one when the support band was playing I’d noticed, and while they hired the smoke machines used on The Fog to diguise it, I just want to hear it.

Burnett is already coaxing his limbs into positions only natural to a yogi master but disappointment is creeping up worse than the monumental fog in my merry heart – just before it sinks.
No Zach Hill then. It’s only a few days later that a friend in the know informs me that ‘yeah, he’s not part of this tour’. Apparently the man is unpredictable. Of course, because the other two are disciplined, caring musicians. Just ask their ex-label. Well, that’s it. Had it been the first time I’d seen Death Grips live, and had the soundcheck been more thorough, I would have thought this is a great gig. Venue too big maybe. But that’s all.

Just moaning I guess, but you’ve been warned – hopefully not too late. I think I’ll give it a year or two before going to see them live again. Not pissed off, it’s just better for my own good.

PS: Somewhere I must be right, I can't even find a video of the gig on Youtube. I know someone who has one, I'll report and update.

++++
Thanks Lenny!