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lundi 8 décembre 2014

C'est formidable : A Winged Victory for the Sullen à la Flèche d'Or







Chère génération Y, Z ou A,

Donc oui, je t'ai fait écouter pendant plusieurs mois d'affilée, "C'est formidable" du Professeur Choron avec Charlie Oleg, "Puff le dragon magique" par Claude François ou plus occasionnellement "Mon p'tit cul" d'Anne Léonard ou "Je t'aime - moi non plus" de Judge Dread, et ça ne m'empêche pas d'être aussi là ce soir au concert de A Winged Victory for the Sullen. D'ailleurs ça aurait été dommage que je ne vienne pas, j'aurai raté ton air d'incompréhension et ton accueillant "Nan, mais tu te fous de ma gueule ? Kess'tu fais là ?" à peine passé la double porte de la petite salle de la Flèche d'Or.

Disons qu'en tant que post punk des années 90 j'ai écouté, quasiment en simultané, KLF, NTM, Boney M, My Bloody Valentine et bien pire... c'est comme ça, je suis un éclectique radical.

Et j'ai envie de te dire, en 2014, pourquoi se priver de tous ces plaisirs et céder à l'impasse du "bon goût" ? Les morceaux de choix ne sont pas toujours ceux que l'on nous propose sur le devant de l'étal... Ça me rappelle d'ailleurs quand j'étais petit, je ne n'aimais pas trop la langue de bœuf sauce piquante et maintenant j'en suis réduit à hanter les boucherie environnantes pour trouver LA langue parfaite. Cornichons et câpres compris. Et je ne te parle même pas de la langue de porc en gelée...

Chère génération d'Après, la vie est trop courte pour être monotone. Je dirais qu'un peu à la manière de cette irrégulière peau blanche qui recouvre toutes ces belles langues, ce sont les crêtes et les aspérités qui font la saveur de l'ensemble. Des montées, des descentes, des balades sur le fil de longues arêtes glissantes, de celles qui font la musique de A Winged Victory for the Sullen. Des vagues irradiantes et chaleureuses, des accords pleins, suivi de drones sur des notes en mineur ouvrant sur de longues envolées majeures, entrecoupées de moments de silence, presque de recueillement, ou l'on peut entendre - ce qu'elle ne se privera d'ailleurs pas de faire à plusieurs reprises - grincer la porte des toilettes de la Flèche d'Or. Gneueueueu (la porte). WAAAAAm (les envolées).

Avant il fallait choisir. En 2014, on peut profiter de Charlie Oleg ET de Stars of the Lid ; de A Winged Victory for the Sullen ET des grincements de la porte des toilettes. D'ailleurs toi même tu le sais : on peut assister à un concert de musique au premier rang ET faire ses selfies avec le groupe en fond dans le même temps, alors pourquoi s'en priver ?

Tu vois, comme quoi tout ça c'est formidable.


Bien amicalement,

Ton collègue de l'open space de la vie.

samedi 30 août 2014

Instant Musical #4 : Tropical metal


Chaleur tropicale dans la petite salle. Vin blanc du pays d'Oc 2013 coupé au schweppes. En attendant High on Fire au glaz'art loin de La Plage. Après deux autres pastis - il n'y a plus de bières ce soir, la tireuse est en panne et les fans de métal pas content du tout - je commence à me dire que le métal à viré mainstream. Que c'est un peu devenu la nouvelle variété. "Çà a pas toujours été le cas ?" me fait remarquer G. Je me lance, pas complètement sûr  : "Ben non au début c'était plutôt une musique pour ado dépressif et maintenant, le hellfest, tout ça, c'est devenu du guignol. Sans le grand. C'est devenu le courant dominant d'un marché musical bancal ?". Malgré 50° dans la salle, le concert de High on Fire est pourtant pas si mal, même si trop de solos, des compositions un peu trop prévisibles, et le chanteur qui perd sa voix... mais après tout c'est les gars de Sleep, non ?
On me tape sur l'épaule :
"- T'as pas un crayon ?
- Euh si. eh mais attend tu vas ou ?
- C'est pour un autographe, je reviens."
Le gars avance de 2 rangs, tape sur l'épaule d'un gros chevelu qui touche presque le plafond. Le type souriant, presque gêné, signe et l'autre les yeux émerveillés, reviens vers moi :
"- Tiens ton crayon. merci
- C'était qui ?
- Le type d'Orange Goblin, y parait qu'il fait un mix juste après, à La Plage"

Dehors, les pieds dans le sable, l'air frais sur le visage, une bière à la main (autre bar autres moeurs), le mix de Ben Ward, le chanteur d'Orange Goblin est vraiment très bon. Metallica, Black Sabbath, Saint Vitus et  bien sûr des morceaux rares. Et puis un DJ metal, ça compte plus vraiment comme revival nostalgique, si ?

Après une bière de trop et balancé dans le métro on rentrera les dents serrées mais le cœur heureux : Matt Pike et Ben Ward valent bien Céline Dion, non ?




dimanche 15 juin 2014

Villette Sonique 2014 : si tous les hippis avaient des clochettes


Mardi j'étais à l'Espace B avec P. Un lieu parfait : quatre papis au bar arrêtent un cinquième qui passe devant, promenant son chien, et faisant mine de pas voir les autres. Celui qui sort du bar, attrape le flâneur : - oh marcel, tu passes devant la pompe à essence et tu t'arrêtes même pas faire le plein ? Une heure trente plus tard, changement radical de décor : on est maintenant cernés par les hipsters - je note d'ailleurs du coin de l'oeil un très beau sweat à capuche jaune à pois noir sur survêtement bleu - quand Etienne Jaumet de Zombie Zombie pause sa bière sur notre table déjà passablement encombrée. Curieux mélange, de Marcel à Etienne...

Entré dans la salle aux premières notes synthétiques de Sun Araw, j'y entend un très bon début de concert en forme de revival des sons Sonig (Sun papa and the fan club orchestra / Vert / FX randomiz...) puis Laraaji monte sur scène et tous deux dévient vers une sorte d'Amon duul 2014. Sortant momentanément de la salle, je croise Tamara des Konki Duet - et je suis très heureux de la revoir - qui vient d'arriver. Laraaji est maintenant seul parmi ses clochettes et écrans tactiles et synthés, et au troisième morceau de 25 minutes, il me revient un pti air qui me rappelle que "si tous les hippies Y z'auraient des clochettes ; des clochettes au.... ; ça f'rait qu'on s'entendrait plus". L'heure de rentrer venait de sonner.

Vendredi, je suis allé voir Man or Astro-Man? (l'excellent "Maximum Radiation Level" par exemple à 42min 30) et ce !Putain!#?! de Ty Segall et ses saloperies d'astiquement de manche.

Samedi j'ai écouté les belles basses sourdes et hypnotiques des Pachanga Boys en regardant des brebis noires broutant autour de la bicyclette ensevelie de Claes Oldenburg et Coosje van Bruggen.

Et nous voilà déjà dimanche midi, le temps de notre picnic annuel. Installés à une oreille (un peu assourdie) d'un camion mix red bull, au départ trompeusement attiré par une séduisante Alabama song des Doors en edit dub - Well, show me the way, To the next whisky bar - nous sommes ensuite allé nous laver nos oreilles saturées de miel par un nouveau dj r'n'b chill wave crémeux collant au live de Juana Molina. Là, T. qui à un peu d'avance comme on dit parfois dans le métier, me fait le blazé - tout à déjà été fait, on est dans un revival perpétuel - et digresse sur ce qu'il appelle la VRAIE musique - c'est à dire le hip hop West Coast - et pour contrer ma moue dubitative me promet de me faire un joli Powerpoint explicatif et détaillé - camemberts, histogrammes et tout le bazar - afin de me démontrer que Mobb Deep est bien le boss du hip hop et donc de la musique en général. On tope là, le rendez vous est pris pour un soir prochain, mais secrètement je sais que je préfère déjà les promesses d'été de la petite Juana.

Quelques plongeons du haut du pont plus tard droit dans le canal verdâtre - auxquels nous ne sommes que spectateurs, je vous rassure - nous rétablissons le camp de base sur la grande prairie afin de déguster un rosé bien chaud et bien sucrée accordé à la température ambiante de fin d'après midi. Nous repartons ensuite à la conquête du Jardin des îles où nous retrouvons les japonaises de Nisennenmondai parties en transes mutées de sonorités rock'n'rolliennes, et ma fille de 6 ans, surprise, m'arrête : "Papa ? Moi je trouve qu'il y a beaucoup de tambours mais j'aime bien". Et au milieu de cette petite foule dense et répartie entre des talus et les arbres du Jardin des îles, la grand boule de la Géode dans l’œil gauche, le soleil dans l’œil droit, me revient à nouveau cette petite rengaine : "S'il suffit d'aimer tous les hommes ; Pour être un vrai hippy en somme ; Moi je suis le roi des hippy ; Je vous l'dis".





PS : Par contre, même si j'ai vu Sun Araw mardi soir et que mon équilibre cosmique me conseillait à nouveau d’enchaîner Ben Frost dans la foulée (en concert à la Machine du moulin rouge le 13/06), il est entendu qu'il était hors de question que je me coltine à nouveau Ben, rapport à notre petit différent de 2012. Toutes les explications dans Cameron Stallones is God / Ben Frost est un con.

samedi 7 juin 2014

Festival Chorus : Ty Segall band à la Villette Sonique 2014


Je sors du concert de Ty Segall (et sa bande) qui ont fait des PUTAIN de double solos DE MERDE de plus de 5 min (je le sais j'ai même eu le temps d'aller fumer une clope pendant...) bourré de PUTAIN de CHORUS. La prochaine fois j'irai voir JOE SATRIANI (à l'Olympia le 23/06 d'ailleurs) si je veux assister à des PUTAIN DE CONCOURS DE MANCHES.

PS : sur un tout autre sujet, Man or Astro-Man?, malgré un revival de revival (1964 - 1994 - 2014) ont livré un set qui avait au moins le mérite d'exciter un peu les oreilles.

PS 2 : après tout ça j'ai mangé un plat de pâte devant la télé, et Titoff l'humoriste et Gilbert on-va-s'aimer Montagné m'ont paru être des PUTAIN de PUNKS.

mardi 20 mai 2014

Distances inter-rotulienne (estimées) : Thurston Moore, Andy Moor & Anne James Chaton à la Fondation Cartier



"Les études cinétiques de quatre sujets féminins jouissant d'une célébrité mondiale (Brigitte Bardot, Jacqueline Kennedy, Mme Chiang Kai Shek, la Princesse Margaret), révèlent des constantes au niveau des postures, du tonus facial, des pupilles et de l'activité respiratoire. Les positions des jambes ont été utilisées comme indice de l'excitation sexuelle. La distance inter-rotulienne (estimée) varie d'un maximum de 24,9 (Jacqueline Kennedy) à un minimum de 2,2cm (Mme Chiang). Des examens aux rayons infrarouges révèlent un dégagement certain de chaleur au niveau des fosses axillaires à des doses variant avec l'accélération psychomotrice générale."*

Dans l’ascenseur en verre de la Fondation Cartier, descendent deux hommes aux T-shirts d'apparence blanc frippé, l'un portant un pantalon souple noir, l'autre un pantalon souple vert : le batteur et son danseur. Le batteur bat parfois seul un long solo qui me fait repenser à "Little b" des Shadows mais sans le groove, ni le rock'n'roll. Le danseur danse parfois sans percussions, se roule dans le sable, efface ou étale ce qui effectivement n'était pas un T-shirt mais une épaisse tartouille de mousse à raser ou de chantilly. Heureusement nous rentrons bientôt pour nous réchauffer un peu. Commence alors une vidéo de Bernard Heidsieck - tout autour de vaduz - recadrée, pixelisée - tout autour, tout autour de vaduz - suivie de plusieurs intermèdes publicitaires un peu déconcertants pour le site de la Fondation Cartier et ses 30 ans d'activités. Nous y verrons toutefois quelques courts extraits vidéos des lives de Mouse On Mars et Pan Sonic qui s'y sont tenus en 1999.

Enfin, Thurston Moore. Il reprend le très émouvant That's why i love you forevermore, qu'il avait déjà joué à La Parole Errante pour Sonic Protest 2014Puis Anne-James Chaton délivrant une sorte de Murder Mystery du Velvet appuyé par Thurston Moore (guitare & poèmes) et Andy Moor (le guitariste de The Ex), déroulant un curieux hommage au Tunnel du Pont de l'Alma et à l'accident de Lady Di, très ballardien : Elle a un arrêt cardiaque, mais elle toujours vivante. De notre coté, hormis le plaisir de la guitare et de la voix de Thurston et certains textes de Chaton, la position de nos jambes ainsi que notre accélération psychomotrice sont restées malencontreusement stables.




* extraits de JG Ballard, la Foire aux atrocités.

samedi 17 mai 2014

Revoilà Brigitte Fontaine à l'Eglise Saint Merri


Quelques images du concert de Fontaine à Sonic Protest 2014, à 6 min 30. Relire notre compte rendu du concert.

dimanche 4 mai 2014

Dave Grohl à propos du concert secret de Nirvana au Saint Vitus, Brooklyn : "a small, loud, drunk afterparty thing."


Après l'introduction de Nirvana au Rock N Roll Hall of Fame le 11 avril dernier, Dave Grohl, Novoselic, Pat Smear et quelques autres (J Mascis, Kim Gordon, Joan Jett, Annie Clark & John Mccauley...) se sont retrouvés dans un petit club de Brooklyn, le Saint Vitus, pour célébrer l'événement. Entre 2 heures 30 du matin et 4h, ils ont repris :

Smells Like Teen Spirit (with Joan Jett)
Breed (with Joan Jett)
In Bloom (with Joan Jett)
Territorial Pissings (with Joan Jett)
Drain You (with J. Mascis)
Penny Royal Tea (with J. Mascis)
School (with J. Mascis)
Lithium (with Annie Clark)
About A Girl (with Annie Clark)
Heart Shaped Box (with Annie Clark)
Serve the Servantsm (with John Mccaluey)
Scentless Apprentice (with John Mccaluey)
Tourette's (with John Mccaluey)
Aneurysm (with Kim Gordon)
Negative Creep (with Kim Gordon)
Moist Vagina (with Kim Gordon)

Lire les comptes rendus de Noisey, de Brooklynvegan, l'interview de la participation de John McCauley et voir la belle reprise de School avec Jay Mascis :



pix : Reuben Radding


vendredi 11 avril 2014

L'Eve Serpentine : Brigitte Fontaine à l'Eglise Saint Merri


Tout en parlant à P. des différents cimetières parisiens que nous avons visité C. et moi, j'entends l'émouvante reprise de Go Down Moses d'Armstrong chanté par Mammane Sani. Suivront les occitans psychédéliques de Jéricho, jouant de la vielle électrique et de la voix comme Tony Conrad joue du violon, c'est à dire avec longueur et hypnotisme, quand je remarque sous le grand orgue de l'Eglise Saint Merri, une petite horloge, et bien qu'il soit plus de 21h45 - je viens de vérifier sur mon portable - ses aiguilles sont arrêtées sur 9 heures.

Brigitte Fontaine aussi semble avoir des problèmes avec son horloge personnelle, et le public commence à s'impatienter. Après un temps incertain et un changement de position stratégique de notre part, une petite tête dorée à la frange noire apparaît sous le grand orgue.

Au milieu de cette grande et belle Eglise Saint Merri, Brigitte Fontaine commence par La viande, la viande sur la table, par terre, sur les étals, sous la pluie, étalée, la viande des hommes, des femmes, surement parce que nos corps serrés se tiennent face à elle, si petite dans cette vaste église, mais sa voix profonde retombe des voûtes et je dois avouer que des prêches comme celui ci j'en ai peu entendu dans des églises, même quand celle ci abrite un bar sous ses croisées d'ogives gothiques...

Au fond de la grande nef, à droite de Fontaine, je distingue Areski portant un chapeau de troubadour assorti au noir du piano de Dondieu Divin. Quelques notes de piano émergent, et Fontaine commence RiffifiL'empire de la nuit, Plus noir qu’la série... quelques échos plus loins, d'autres phrases, encore : Miss Blandish folle et seule, Enlevée par la mort, Lâche une rose veule, Et c'est encore l'aurore - et j'entend la voix et les manières de Kim Gordon comme un double vibrant autour des textes de Fontaine, arrachés d'une voix qui s'élance et racle contre les murs, s'entortillant entres les délicates colonnes gothiques comme une Ève serpentine enroulée entre des branches d'arbres tend la main et la croupe pour se saisir du fruit de la tentation.

Sur la petite horloge, il est toujours 9 heures quand Fontaine entame son Je vous salue marie pleine de grâce, car jésus le fruit de vos entrailles est béni, et il est encore 9 heures quand repartie puis revenue, puis repartie puis revenue, capricieuse comme une Pharoah Sanders aux yeux mi clos, elle s'en ira finalement sur Salam Salam. Et bientôt dans la rue, une main dans la mienne, j'entends ces quelques mots : Mais les femmes s'en balancent, Quand sortent les pétards, Elles éteignent leur transe, Au lait de nénuphars.


Relire Je suis vieille et je vous encule, Brigitte Fontaine au Trianon (2012) et voir les photos officielles du Sonic Protest 2014.

Photo : Jéricho sous le grand orgue : on distingue le petit rond blanc de l'horloge aux 9 heures éternelles.

mercredi 8 janvier 2014

Stars of the Lid and the Wordless Music Orchestra live

Un live des Stars of the Lid accompagnés du Wordless Music Orchestra, enregistré le 17 décembre dernier dans une église de Brooklyn, comme un cadeau de noël en retard.

mercredi 16 octobre 2013

Les deux pipelettes : Dylan Carlson aux Instants Chavirés


Je n'avais jamais remarqué les deux petits éclairs tatoués sur les pommettes de Dylan Carlson ; son regard vif encadré par deux foudres. Pendant que la salle des Instants Chavirés, se rempli progressivement, Carlson est assis à une table, il discute avec les gens, vend et dédicace ses disques. Dans son carnet Exacompta il note scrupuleusement d'un trait bleu chaque disque vendu. "You want something to drink ? - Yeah sure, a coke please". Sa mince voix nasillarde est accueillante.

Pas tout à fait comme celle des deux pipelettes qui sont assises à coté de moi dans d'anciens fauteuils de cinéma rouge. On en est déjà au deuxième morceau et elles augmentent le volume sonore de leur conversation, alors que le reste de la salle s'hypnotise. Quelques têtes se retournent, des sourcils se froncent, certains tentent le dialogue réprobateur. Au milieu des delay suspendus et des résonances hypnagogiques, leur conversation de café du commerce entre deux bières se prolonge. Parfois une courte pause : une des jeunes filles passe un rouge à lèvre sombre sur les lèvres de sa voisine. Et Dylan Carlson enchaîne ses notes étirées, plus intimistes que celles qu'il joue habituellement pour Earth. Sur la toile du minuscule ampli derrière Carslon un autre petit éclair est gribouillé à la main.

Puis quelques notes ressemblant au riff de Money de Pink Floyd se font entendre, les vibrato et les reverb cathartiques de Carlson répondent au jeu de batterie minimal de Rogier Smal. Chaque sonorité s'entrelace dans la suivante produisant de merveilleuses notes fantômes. Carlson, assis sur sa chaise, balance son buste d'avant en arrière pendant que Smal entretient de longs roulement de batterie. La symbiose est totale, pour nous aussi : les deux pipelettes se sont enfin tues, leurs deux langues emmêlées aux rythmes des longues arches soniques du guitariste aux petits éclairs bleus. Entre les morceaux, on entend maintenant le souffle du petit ampli brun.


Relire notre interview de Dylan Carlson



lundi 23 septembre 2013

Soudaineté : Amadou & Mariam à Saint Ouen


J'ai ouvert un de mes yeux ce samedi matin, devant un documentaire sur Bruce Lee, avec entre autre une analyse détaillée du Jeu de la Mort, le dernier film de Bruce Lee, son chef d'oeuvre sorti en 1978. L'angle du documentaire étant que Bruce Lee mène là son plus long et plus dur combat : son combat contre les styles. Dans Le Jeu de la Mort, l'action se passe dans un temple, découpé en cinq niveaux, avec un combattant représentant un style d'art martial différent à chacun d'entre eux, et Kareem Abdul-Jabbar en boss final. Ce qui deviendra l'archétype du jeu vidéo de baston à venir, mais ce n'est pas notre sujet du jour. Au dernier niveau, donc, la scène iconique des 2 mètres 20 du géant filiforme aux lunettes noires contre Bruce Lee en combinaison jaune à bande noire. Et le coup de pied sauté contre Abdul-Jabbar le combattant au style inconnu. Bruce Lee, sur le point de se faire tuer et de perdre à jamais son frère et sa sœur prisonniers de la méchante méfia coréenne, n'a plus qu'à tenter sa dernière chance : l'insurmontable Abdul-Jabbar, souffre de la lumière. Pour gagner contre lui, Bruce Lee brisera tous les carreaux qui assombrissent la pièce, illuminant et aveuglant son ennemi, pour le ramener à sa merci. La combinaison jaune à bande noire deviendra le symbole de l'indépendance de Bruce Lee contre les styles et les chapelles. D'ailleurs, Tarantino, engagé dans un combat similaire, ne s'y trompera pas et reprendra la combinaison jaune à bande noire pour habiller sa mariée vengeresse.

Puis le soir, je suis sorti, presque en face de chez moi : Amadou & Mariam en concert gratuit. Arrivé sur place, au milieu d'un morceau, ma première sensation a été un long frisson, qu'il ait été provoqué par le reste de fièvre d'un rhume automnal ou par la musique en cours n'a que peu d'importance. Ce qui a compté c'est la répétitivité et la syncope des longs morceaux. Derrière les lunettes noires et la guitare dorée d'Amadou, j'y ai parfois entendu les hypnotismes de Pete Sonic Boom, John Lee Hooker ou des Happy Mondays ; à chacun la faiblesse de ses styles et de ses chapelles. Que de hauts que de bas, C'est la vie dans ce monde. Triste réalité. J'y ai parfois entendu du dub, autre agrégateur, et j'ai vu certaines danses qu'il est difficile d'évoquer pudiquement. Des déhanchements sur des accords bloqués, quelques notes infinies rompues par des contre rythmes frappé du djembé ou de la cuisse, eux aussi au bord de la syncope. Il faut que d'autres veillent, d'autres dorment dans ce monde.

Puis j'ai repensé à la musique d'Amadou & Mariam, leurs collaborations avec Santigold, Bertrand Cantat, Ebony Bones, les Scissor Sisters, M, Theophilus London, Manu Chao, et à certains remix moins avouables et je repense au chameau éclectique de Charles Jencks :
"Les constructions hybrides cherchent souvent  à être hybrides et nous les comprenons mal en leur appliquant les critères de la pureté stylistique. […]
La vieille définition d’un chameau comme « un cheval conçu par un comité » fait apparaître non seulement le mépris habituel qu’encourrent les hybrides, mais également le fait latent que le chameau n’est pas un animal raté, qui essaie d’être un cheval et n’y arrive pas, et qu’il est, de plein droit, un quadrupède valide, laid, splendide."*

Et soudain, Bruce Lee avait raison : les chevaux pur sang, les styles et les chapelles sont définitivement de vieux carreaux à briser.


*Charles Jencks – Introduction à l’Architecture Bizarre - 1979

samedi 14 septembre 2013

Brillantine & Rhum arrangeant : John Zorn Marathon Feat. Mike Patton à Jazz à la Villette 2013





Une lumière bleue violette se reflète sur la brillantine qui plaque les cheveux de Mike Patton. Il est de dos, les bretelles pendantes sous sa chemise à carreaux noirs et blancs, saute d'un pied à l'autre, avec quelque chose du boxer, rassemblé sur lui même, poussé par la basse de Trevor Dunn. A sa droite la batterie de Joey Baron ; derrière lui l'orgue de John Medeski. Les Moonchild.
Patton accélère, marque, précipite, retient, scande le rythme ; un rythme cadencé, chaloupé, entraînant, langoureux, lent, invoquant, précipité, trépidant ; celui d'une transe violente ; une série de ruptures articulées autour de sa voix sporadiquement filtrée ; des effets allongent ses cris et feulements.

Il est en train de nous faire oublier le début de la troisième partie du marathon John Zorn, qui commençait à virer à l'épreuve d'endurance notamment à cause de la voix un peu trop sucrée de la chanteuse Sofia Rei et de l’irruption d'un sosie vocal de James Blunt. Le début d'une soirée de contraste qui s'ouvre dans l'immense halle de la Villette avec John Zorn nous souhaitant la bonne année selon le calendrier juif, et qui se terminera dans une fête kabyle dans un petit bar non loin de là.

Pour l'instant, Patton tient la salle dans l'équilibre instable de sa voix, dans les brisements de son corps. Sa maîtrise vocale est impressionnante, ses brusques élévations de volume et d'hauteur, avant de redescendre sur de lentes invocations latines d'une voix de basse - SANCTUS - entrecoupés de déraillements suraiguës - TACTACTAC TACATACATAC - installent une brutalité sourde - SANCTUS, SANCTISSIMUS. Une tension permanente. L'instant est palpable : les Moonchild sont de la face sombre de la lune ; un voyage dans la lune filmé dans les rouge et bleus et de Dario Argento. Meurtre et géométrie.

La troisième partie du set sera composée de plusieurs morceaux free jazz du big band de John Zorn. Mais après l'intensité de Patton, aucune violence, même free jazz, ne peux subsister. Comme nous, la cité est nue.

Puis nous nous rhabillerons progressivement, jusqu'à notre soirée kabyle impromptue quelques centaines de mètres plus loin, entre le portrait de Zidane enchâssé dans un oval en plastique doré et celui de Jacques Chirac - grand cru 1977 - dans un cadre plus sobre mais placé en position central sur la petite cheminée derrière le bar. Dans la salle, un synthé, un micro, une petite sono, une assemblée bien serrée, un rhum arrangeant - un rhum vite arrangé avec une goutte de sirop de fraise - et nous étions revenu à la musique préconisée par Bill Drummond pour son projet The17 : celle faite d'un temps, d'un endroit et d'un événement.

lundi 9 septembre 2013

Colleen au Collège des Bernardins, la comptine de la petite mouche


Un montage vidéo d'extraits du concert de Colleen le 13 Juin 2013 au Collège des Bernardins.

L'occasion de réentendre quelques notes de la comptine de la petite mouche qui avait une belle femme et de beaux enfants envolés...

jeudi 11 juillet 2013

Heaven Should Wait : Beck à la Cité de la Musique

Beck a joué Mardi dernier à la Cité de la Musique dans un set acoustique : une guitare, un harmonica, un piano, une basse amplifiée, quelques traits d'humour entre les morceaux. Il y a eu de beaux moments, sa reprise de Pay no mind ; son mashup acoustique de Billy Jean, avec le refrain de Get it On de T.Rex inséré au milieu de Sissyneck. Un moment incroyable, celui de son improvisation à l'harmonica, battant la mesure à la semelle : plus il était seul, plus nous étions deux. Et d'autres plus éphémères, comme ses duo avec ses invités, Nico de Air avec lequel il reprend le Sunday Morning du Velvet, ou celui avec Charlotte Gainsbourg. On a battleship of baggage and bones*, le paradis ne sera pas pour ce soir.

* Extrait de Heaven Can Wait par Charlotte Gainsbourg & Beck

lundi 8 juillet 2013

La sieste électronique de Kangding Ray


Dispersés au milieu des pousses de bambous balancés par le vent, une foule grandissante c'est amassée dans l'amphithéâtre de verdure. Un son à bas volume se déplace sur les grands murs colorés jaunes, bordeaux, gris, du musée du Quai Branly. A coté de nous trois bonnes sœurs. Devant nous, en bas dans le demi cercle, des corps sont  allongés, un peu pêle-mêle, certains endormis. Les Siestes Electroniques viennent de commencer. Vincent Moon passe une succession de samples regroupés sont le thème "bénédictions". Les chants diphoniques - simultanément une note tenue et les harmoniques aiguës de cette note - sont des drones vocaux.

Un peu plus tard, à 50m de là, une voix introduit le travail de Kangding Ray sur les sources sonores du musée des arts premiers, en deux courtes phrases, par un ou plusieurs hauts parleurs dissimulés dans les bosquets. Je pense aux câbles sous les racines. Puis les voix des shamans inuits hachées par les machines de Kangding Ray sonnent incroyablement bien sous notre treille de rosiers et de métal brun. Des sons surgis de la terre, derrière d'énormes pierres anthracites polies en forme de siège harmonieux. Une sorte de végétation haute fidélité. L'ubiquité de ce son, les beats binaires, le bégaiement des chants invoquent un autre temps. Il y aussi ces tubes en plexiglas blanc, plantés dans le sol et je sais leur lumière à la tombée de la nuit. Nous ne sommes pas complètement dans la ville, près de la Seine où glissent les bateaux mouches. Sous nous, circule le métro avec son logo bleu et vert de belle endormie. Quand les feuilles des branchages de rosiers bruissent dans le vent, on aperçoit le faîte de la Tour Eiffel, comme le radar tellurique de notre jungle urbaine. Bill aurait sourit à ce Chill-Out de 2013.

pix : Vincent Moon aux Siestes Électroniques 2013

jeudi 27 juin 2013

Go Sweating



 Melt Yourself Down, Melt Yourself Down. Let’s see. It’s got a triangle in it, a woman falling from somewhere, a pink emboss effect on some powder, a palm tree! Sorry about the exclamation mark. Well, that’s it for the cover. I remember going to see Acoustic Ladyland at the Spitz in Spitalfields market almost ten years ago. They were pretty good in my memory, avoiding the Madness youpla-feel and the long jackets with gold dust on the lapels.

 Now I am listening to Iggy on Spotify and I am slightly sickened by the messy night of funk this saxophone is promising me. Om Konz is nearly finished, rewind to the beginning and you can hear James Chance (lazy from my part, there are about a hundred jazz punk bands and I should have picked another one I guess, but maybe not). The old Chance who, by the way, has really screwed up with his latest Incorrigible! from 2013. Don’t be fooled into nostalgia, or any sense of gratitude, by the first two songs. Nor by the fact he has a French backing band, Les Contortions, mais oui!

Actually I’m fouling myself right now. I am listening to the album and it’s perfectly acceptable – I am talking about Incorrigible!, not Melt Yourself Down, nor Last Chance Disco. Not sure why I thought it was shit the first time. Anyway, if you’re wondering what I’m blabbering about, James Chance recently collaborated with Acoustic Ladyland. And Melt Yourself Down, who are part of Acoustic Ladyland, is the title of a Chance limited Japanese release from 1986. So there.

Ok, what do I think about the Melt Yourself Down album? I don’t think you care. But I have found a great place in Stepney. Yes it’s exciting. It’s a reconverted sweet factory turned into Art studios. There’s also a mosque, a 24h mini cab, and a fetish club. But more importantly there is a great venue. It’s small, it’s not a speakeasy, it hasn’t got a terrace with a tipi and a floor covered in sawdust, it doesn’t rip you off, it doesn’t ask you to book and not to tell your friends where to find it. It had Jamie Cullum recording a video for his latest single on Monday night but we’ll forget about that because it sells Dubonnet for £3.50 a pop and… actually, no, that’s it. DUBONNET!

 Last Friday, a glamorous (and I don’t mean fat or tarty) lady, Florence Joelle, was playing there with her band. Great rendition of Fever, half in French. Ah yeah, while I’m at it, it’s not Cabaret or Burlesque or sniff-my-panties either. Last time a group of Romani were celebrating their friends' birthday and we all did a bit of line dancing on some great Congolese rumba. Burkina Faso Mboka Liya was on the guitar, playing with Grupo Lokita.

 Now you may think I’m a filthy liar but I’m not. I don’t know what this place is, and it might just disappear, or I’ll wake up and realise it cannot be that perfect, or Shoreditch (which I still love in a way, just being caustic as one should) will find it and pimp it and crush its fresh and kindly heart.
Maaannn, just seen three seagulls chasing a blackbird down the road. Couldn’t see if the bugger managed to escape.

Right, ok, get on with the programme. The place is called Jamboree, it’s on Cable St. Whatever, I don’t care if you’ve already been. I like it. And yes, it’s in Shadwell but I prefer to say Stepney. Just go and see for yourself. And bring your sweat.




PS: p french is pissed off with me because I haven’t written a review of the Allah-Las’ gig in London last month. And now alainfinkielkrautrock are all over them. Well the gig was good, just got in a mood because I spent ages trying to get served. But I got one of their t-shirts for my birthday. Wahey!!

pix: Grupo Lokito, Burkina Faso Mboka Liya in red shades

mercredi 26 juin 2013

Once upon a time : Colleen au Collège des Bernardins


Un soir de Juin, sous le toit du Collège des Bernardins, on vient de retirer l'écran vidéo qui obstruait la grande rosace. Colleen est en chaussette et installe ses instruments : une guitare, sa viole de gambe, un tambourin, quelques pédales d'effets et un petit foulard noir à pois blanc. Une lumière bleue déclinante s’immisce entre les deux sphères roses orangées de l'éclairage de scène. Colleen commence par Ursa Major Find. La plongée est immédiate. Des myriades de poissons vocaux se dispersent sur les murs, dans le large silence triangulaire de la toiture. Dehors, le chien n’aboie plus. Nous naviguons dans des cathédrales sous marines faites de coraux baroques.

Remonté un bref instant pour inspirer à la surface, nous aurons juste le temps de grimper à bord de la barque des enfants de La Nuit du Chasseur, descendant la rivière sous la lune, en fredonnant la comptine de la petite mouche qui avait une belle femme et de beaux enfants envolés. Ballotté aux creux des flots, l'un des enfants dort et l'autre chante, sous la toile d'araignée et les étoiles, près du crapaud à l’œil mi-clôt. La pesée de notre cœur s'est admirablement déroulée.

Ecouter The Weighing of the Heart, le dernier album de Colleen et relire notre interview de Cécile Schott.



mardi 28 mai 2013

Le Cabaret Sauvage : Flaming lips, The Ex et Mykki Blanco à la Villette Sonique 2013


On a commencé avec D. par une discussion sur la reprise de No woman no cry par Boney M, les problèmes d'acnée de Chimène Badi, la transformation des vers à soie, le fait qu'un hippocampe hypertrophié pourrait empêcher de croire en dieu et la fin du Hip Hop. Enfin du bon Hip Hop. Enfin vous voyez ce que je veux dire.

Puis le concert des Flaming Lips a commencé. Et Wayne Coyne nous est apparu comme le Baphomet de Cabal, dans une veste bleue électrique, juché sur un promontoire de boules argentées, les membres reliés par des fibres optiques incandescentes lançant de longs rayons sur l'écran géant derrière lui. Et le micro scotché au gaffa gris. Le plus incroyable light show bricolé que j'ai jamais vu.

Puis un morceau extrait du dernier album The Terror : Turning Violent. D'abord plaintif, lancinant - la voix parfois hésitante de Coyne n'en est que plus belle - puis incroyablement puissant, une explosion sonique et peut être qu'à ce moment précis dans une flamboyance lumineuse des papillons noirs sont redescendus du plafond de la grande verrière ?

Dans le grand parc d'attraction des Flaming Lips, on a croisé David, Queen, Tommy, les Floyd et quelques autres et tous étaient habillés en punk psychédéliques. C'est un fait :We could be heroes just for one day. We could steal time Just for one day.


Le lendemain, samedi 25, après un réveil et une météo aléatoire, nous sommes allés voir la fanfare de la jeunesse sonique de The Ex & The Brass Unbound. Il y avait même une jeune fille à demi nue qui se déhanchait sur scène.

Nous voilà maintenant dimanche après midi. Une playlist Glam Rock et un poulet roti plus tard, nous nous installons sur la pelouse - presque sèche, hein D. - de la Grand Prairie du parc de la Villette. Je ne savais pas trop ce que j'étais venu écouter, probablement JC Satan mais je suis arrivé trop tard, et il y avait D. qui insistait pour aller voir Mykki Blanco. - Mais si il a déjà joué avec les Death Grips, allez ! viens !



La fin du set de Bambaataaa - un MIA et un Onyx vite mashé - et un nouveau DJ prend place. Ses trois premiers enchaînements sur des sonorités house dégueulasses sont tous sans exception ratés. Je suis sur le point de partir. - Non, reste me dit D., ça va commencer.

A cette phrase, un très long corps à perruque blonde entre en scène. Presque une drag queen minimale, en noir. Elle tombe son blouson brodé à tête de tigre, et devant nous se donne un corps tatoué musculeux qui a quelque chose du corps jeune d'Iggy Pop ou du corps intermédiaire de Genesis P-Orridge - son corps de routier augmenté d'une opulente poitrine et d'une voix d'ange, maniérée, sur le fil, où l'on se méfie d'éclat de voix que l'on pressent tranchants comme des rasoirs.

Mykki passe des pauses de Marylin drapé dans un rideau de velours rouge - Poupoupidou - aux raclement de gorge et aux balancements inquiétants de Joey Starr. Son corps est le lieu d'affrontements permanents : il se déhanche à la fois comme la choriste biaaatche langoureuse moyenne et, dans le même temps, est secoué des spasmes d'un Tricky très enfumé. Il se pointe le micro sur la tempe - et personne n'a envie de rire - et traverse la foule. Dans les flashs des stroboscopes, on voit des bras, des pieds, un pogo qui tangue.

J'en ressors secoué, je pensais avoir vu le meilleur concert de l'année la veille - celui des Flamning Lips me paraissait difficilement surpassable - puis à 20 heures d’intervalle je suis à nouveau devant le meilleur concert de l'année. Cet après midi, le Cabaret est réellement devenu Sauvage.

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La reprise de We could be heroes de Bowie est à 54 min dans la vidéo d'arte ; Turning Violent à 1h03min. Il faut aussi écouter le riff de fuzz de Always There, In Our Hearts à 1h24min.

L'extrait vidéo du concert de Mykki Blanco, ne rend pas complètement justice à l'intensité de la performance à laquelle nous avons assisté. Pour plus de détails, initiez vous.

Vous pouvez aussi voir le concert des Melvins du 12/05 au Trabendo sur Arte Live Web qui faisait partie du Festival Villette Sonique 2013.

jeudi 23 mai 2013

Les yeux demi-clos : Pharoah Sanders au New Morning


Pharoah Sanders à les yeux demi clos, les paupières tombées sur des globes indifférents, clairs comme des lunes se reflétant dans une eau sombre. Il me semble y voir le premier signe d'un monde inversé, qui ne serait plus basé sur le jeunisme musical hérité des 60's. Un monde étrange où l'industrie musicale ne se focaliserais plus sur l'adolescente de 14 ans. Un monde ou il n'y aurait personne en dessous de 70 ans sur scène.

Et ça pourrait être amusant : les concerts seraient plus apaisés, longs ou erratiques. Ils commenceraient toujours en retard, et il faudrait systématiquement une pause au milieu, pour toutes les raisons que vous imaginez. Leur qualité ne seraient plus indexée sur la tension ou la brutalité des sons, mais sur leur lenteur, leur apparition ou leur disparition soudaine, quand ils leur plairaient.

Les stars des charts ne seraient plus Lady Gaga ou Emmanuel Moire, tout simplement parce que l'idée même de décerner des félicitations pour des quantité vendues semblerait un peu futile et le public se hâterait lentement de célébrer des artistes comme Brigitte Fontaine (73 ans), Ornette Coleman (83 ans), Lee Scratch Perry (77 ans), Terry Riley (77 ans) ou Pharoah Sanders (72 ans).

Bien sûr il y aurait des mécontents, comme l'ingénieur du son du New Morning de l'autre soir, menacé d'égorgement gestuel par le batteur et que Pharoah semble avoir lui aussi pris en grippe. A la pause, je me rapproche de la console pour avoir un peu plus d'infos. L'ingénieur du son, la tête dans les mains : "'pffff, y se lève à 14h, y vient pas à la balance et après y gueule pour qu'on lui change son micro en plein set... ça fait trois fois que je fais le son pour Pharoah - oui, récemment - et c'est la première fois qu'y me fout un tel bordel..."

C'est vrai que passé le premier morceau, une petite merveille comme "Sun In Aquarius", qui laissait présager le meilleur, Pharoah fait des signes pour qu'on lui monte son volume, puis semble boudeur, joue un peu, ne joue plus, joue volontairement à 2m du micro, s'assoit en bout de scène, reprend son souffle ou boude encore, part en loge, y reste 10 min, revient, reboude, se cale le dos sur le bord d'un pilier près de la sortie, avance d'un pas lent comme freiné par des pantoufles sur une moquette épaisse et rejoue de belles envolées. Son trio est plutôt bon et essaye d'assurer pendant les promenades de leur saxophoniste. Puis après toutes ces pauses, c'est la pause officielle : on nous prévient que Pharoah sera de retour dans 15 min. Je sors fumer une cigarette. Dehors le batteur de Pharoah me confirme qu'il a effectivement un problème de larsen dans son retour de caisse claire, mais bon il fait avec. Devant moi un vieux monsieur au dos vouté portant un T-shirt Public Enemy, vient se plaindre au videur d'une voix éraillée par l'alcool, qu'il y a "beaaaaucoup" trop de jeunes qui fument des joints devant la porte, ouais là-bas.

Puis Pharoah reprend son set et ses flâneries scéniques - peut être un peu moins cette fois ci ? - et je quitterai progressivement la salle, encore suivi de quelques solos de sax dans la rue, obsédé par ses yeux parfaitement demi clos dans lesquels je retrouve les fascinants mouvements arthritiques de Brigitte Fontaine qui cherche la Porte Dorée, le costume blanc aux dégoulinures bleues roses d'Ornette Coleman appuyé sur un tabouret haut et la colère apaisée de son langage musical, les habits sombres et les notes fantômes du piano de Terry Riley et les déraillement de voix de Lee Perry ajoutant au punk de ses cheveux mauves. Ce sont aussi des histoires de Johnny Rotten mais au lieu d'exploser, ceux ci auraient magnifiquement rouillés.

samedi 18 mai 2013

Ouroboros, le début et la fin de toutes choses : Oiseaux-Tempête, Eric Chenaux & Gareth Davis à l'église Saint Merri


Je marque une nouvelle page d'Apathy for the Devil de Nick Kent et commande une deuxième pinte au serveur de Dame Tartine qui arbore un très beau T-shirt "Brian Jonestown Massacre". Après ma découverte de l'Eglise Saint Merri, vendredi dernier pour le concert de Cheveu, je suis de retour dans ces mêmes lieux, mais cette fois ci la forêt de colonne à disparu. On vit rarement deux fois.

Quoiqu'il en soit, les pulsations lentes d'Oiseaux-Tempête font maintenant vibrer l'alignement glacial des sièges et le concert devient parfois tellement bon - notamment grâce à l'apport de la clarinette basse de Gareth Davis - écouter Ouroboros ci dessous - qu'il nous permet d'oublier momentanément la vidéo idiote projetée en fond, nous montrant des morceaux de films de vacances de gentils hippis dans le coucher de soleil et des images de méchants néo nazis le bras tendu et la bave aux lèvres, qui me fait parfois me sentir mort près à être découpé en tablettes de soleil vert.

Ici, je devrais probablement développer un argumentaire sur le fait qu'un concert de musique lente ne nécessite aucunement d'être décoré d'images gadget et plus particulièrement dans lieu aussi peu neutre qu'une église, et que quelques éclairages adroitement disposés nous aurait bien plus permis de rentrer dans la musique souvent majestueuse et menaçante d'Oiseaux-Tempête, mais le 21e siècle aime les distractions visuelles. Bref.

Le temps pour nous d'une courte pause au cubi de vin rouge faisant office de bar et le même Gareth Davis revient sur scène avec Eric Chenaux pour des improvisations clarinette basse versus guitare électrique au volume fragile. Elles seront malheureusement plusieurs fois brisées par le rire offensant d'une andouille très démonstrative, et la fin du concert sera également déclenchée par une salve d'applaudissement de ladite même andouille, emmenant le reste du public avec lui et signifiant aux artistes toujours en suspend, l'arrêt de leur jeu. Je pense à ce moment précis en regardant le rieur pas drôle qu'il n'y a peut être pas que le serpent Ouroboros qui aurait dû avaler sa queue ce soir là...