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samedi 29 mars 2014

Nile Rodgers est une chic fiction


"Ce qui m'a vraiment affolé, c'est de penser que vingt-quatre heures plus tôt, j'étais dans un placard, avec un flingue et un sabre de samouraï. Pire encore, dans le journal, je suis tombé sur un article qui disait que Keith Richards, justement lui, venait de décrocher. Je connaissais assez bien Keith à travers mon travail sur l'album solo de Mick. J'avais pris le thé avec lui à Londres lors d'une rencontre complètement délirante - pour se déssoûler, il avait pris un bain glacé tout habillé - pour évoquer la possibilité que je produise les Stones."

Nile Rodgers - C'est Chic. L'excellente autobiographie du producteur de CHIC, et des quelques Upside Down de Diana Ross, Let's dance de Bowie, Like a Virgin de Madonna et Get Lucky des Daft Punk...

Ci dessous, une sélection courte et partiale, des productions de Nile Rodgers et associées. Avec un Bernard Edwards pour terminer en beauté.

vendredi 28 juin 2013

Interview : Laurence Romance


1991. Encore. The Year That Music Broke. Enfin pour moi, à chacun sa date... KLF, NTM, Nirvana, Sonic Youth et le documentaire The Year That Punk Broke - Public Enemy, De la Soul, Digital Undergound, et à la TV, il y a Métal Express : 30 min de clip dans les univers métalliques soutenu au départ par une simple voix off. Puis une jeune femme au corset noir et aux cheveux rouges s'insère dans notre petit écran : notre Marilyn Punk nous est apparue.

De 1993 à 1997, Laurence Romance et Nick Kent (co-réalisateurs), élargissent le concept  de l'émission au rock indépendant et la renomment "Rock Express". Ça sera pour nous l'occasion de nous initier à une autre musique que celle du Multitop de Laurent Petitguillaume...

De son côté Laurence écrit pour Best, Libération, Jalouse, Les Inrockuptibles - une série sur les raves party émergentes -, le magazine Rolling Stones, et traduit de nombreux ouvrages. En 1996, elle met en place la collection X-Trême chez Austral avec au départ quatre livres : celui de Nick Kent, baptisé en vf "l'Envers du Rock" (The Dark Stuff) ; la première bio officielle de Nirvana (approuvé par Cobain de son vivant) Nirvana, L'Ultime Biographie de Michael Azzerad ; un ouvrage sur l'internet ; et enfin le "Generation X" des années grunge : "Prozac nation : Avoir vingt ans dans la dépression" une autobiographie d'Elizabeth Wurzel qui sera adaptée en film avec Christina Ricci dans le rôle principal.

A partir de 2000, Laurence traduit Le journal de Kurt Cobain, signe la préface du roman de Hubert Selby Junior - Waiting Period, écrit deux chapitres de Goth: le romantisme noir de Baudelaire à Marilyn Manson (ouvrage collectif présenté par Patrick Eudeline), s'insert dans le livre collectif Rock Critics, et joue dans le court métrage de Marcia Romano, Quand j'étais Gothique (2011) aux cotés de Roxane Mesquida.

Trêve de présentation, il est maintenant temps de vérifier si l’originale est, comme le suggère Borges, infidèle à ses traductions :

1. Votre 1er souvenir musical ?
Les chants avinés des clients du bar de mes parents dans le Pas-de-Calais, ça compte ?

2. Le meilleur disque que l’on vous ait offert ? Le pire ?
Meilleur : Led Zeppelin IV quand j’étais petite. Le pire : il y en a vraiment trop…

3. Le 1er livre que vous ayez perdu ?
Quatre pas dans les champs. C’étaient les aventures de Murinette et Gros-Raton, une souris et un rat trop mignons … J’étais inconsolable.

4. Quelle rencontre a changé votre vie ?
Celle de mon fils, il y a vingt ans. Depuis, James, aka Perturbator, aka The Lord of Dark Synth ou James Carpenter pour les aficionados, ne cesse de m’étonner.

5. A quoi ressemblera la musique dans 50 ans ? dans 5000 ans ?
Who knows ? Et surtout : who cares ?

6. Quel album ignoré ouvrira un nouveau genre musical ?
Ce serait top si c’étaient ceux de Perturbator ! (eh oui, je ne rate pas une occase de faire la pub de mon fiston chéri)

7. Yann Kerninon dans Vers une libération amoureuse propose de réinventer l’amour. Si ce projet venait à aboutir, quel serait pour vous l’hymne de cette révolution ?
Dream On par Aerosmith

8. Le disque dont vous avez peur ?
Delìrium Còrdia de Fantômas, l’un des groupes de Mike Patton (Faith No More). C’est un concept-album sur la chirurgie sans anesthésie.

9. Est-ce que la traduction est une imagination dépendante ?
Joli, mais je préfère « l’original est infidèle à la traduction » de Borges, plus flatteur pour le traducteur, cet éternel homme de l’ombre. Ou femme parfois.

10. Baudelaire : « Savez-vous pourquoi j’ai si patiemment traduit Edgar Poe ? Parce qu’il me ressemblait. » Et vous, pourquoi avez-vous si patiemment traduit Kurt Cobain ?
Parce que je n’avais pas bien mesuré la tannée qui m’attendait quand j’ai signé le contrat ! Pour commencer, je ne m’attendais pas à ce que le « Journal » soit manuscrit…

Sinon, sur Baudelaire : il s’est bien gardé de dire qu’il n’a traduit de Poe que ce qui les faisait se ressembler…

11. Le film qui vous donne envie d’écrire ?
Aucun, je n’aime pas spécialement l’acte d’écrire, éventuellement le résultat.

12. Après le Summer of Love en 68, le Summer of rave en 88, quel genre d’été peut on encore espérer ?
Euh, le « Summer of Hate » ? Ah non, y’a eu déjà, avec le punk… Je donne ma langue au chat.

13. Votre meilleure interview pour Rock Express ? La pire ?
En télé, les pires sont souvent les meilleures : David Lee Roth qui nous sermonne, l’équipe et moi–même, sur le mode instit’ « bon, maintenant vous m’écoutez attentivement », Tricky qui me traite d’idiote et arrête net l’interview, les black métalleux norvégiens de Mayhem qui veulent nous casser la figure… Suffit ensuite de démarrer le sujet par « l’incident » : effet anti-zapping garanti !

14. Le morceau méconnu que tout le monde devrait connaître ?
J’hésite entre Paintwork de The Fall et Tu peins ton visage, la reprise de Warpaint, par Vic Laurens et les Vautours, hein, pas la version des Chats Sauvages. Que des histoires de peinture, par des mecs qui n’hésitent pas à en rajouter une couche.

15. L’album que vous n’aimeriez pas être ?
Delìrium Còrdia de Fantômas.

16. Quel auteur rêvez-vous d’inclure dans votre collection X-Trême pour Denoel?
En fait, j’avais crée X-Trême chez un autre éditeur qui a mis la clef sous la porte [Austral, ndlr], et Olivier Rubinstein m’a piqué le nom pour Denoel… Mais tout est pardonné, car il a publié depuis Le dernier verre par le Dr Ameisen, le découvreur du baclofène. Un best-seller et un livre d’utilité publique, ça m’aurait convenu.

17. “Imaginez que vous vous réveillez demain, et que la musique n’existe plus. Il n’y a plus aucun instrument, aucune trace d’enregistrement sur terre. » Que ferez vous ? 
Comme il me resterait la mémoire de la musique, et que le ryhtme, le beat, est à la base de tout, je commencerais par bidouiller une batterie avec les moyens du bord.

18. L’album idéal pour écrire ?
Malheureusement, je ne peux pas écrire en écoutant de la musique.

19. Avez-vous déjà eu des hallucinations auditives ?
Des quoi ? Ah oui, ça m’est arrivé, ce genre de trucs. A jeun en plus.

20. Comment aimeriez-vous mourir ?
Rapidement.


pix : Laurence Romance © Renaud Monfourny

vendredi 21 juin 2013

Interview : Nick Kent


Je regarde mon mobile : 17h30. Pile. Je suis à la librairie Parallèles et j'attends en regardant les livres sur les étals. J'écoute aussi un peu les conversations des autres personnes venues pour la dédicace de Apathy For The Devil, le nouveau livre de Nick Kent. Deux personnes à coté de moi : "Ah t'étais au Trabendo pour les Stones ! Et alors c'était comment ? - Ils sont arrivés, ils sont montés sur scène sans se parler... je crois que ça fait longtemps qu'ils ne se parlent plus Mick et Keith... et ils ont joué - y'avait pleins de pains partout, comme dans tous leurs derniers concerts - et pas grand chose d'autre. Mais j'étais heureux de les voir...". Puis Nick Kent arrive, s'installe à la petite table que l'on a dressé pour lui, une nappe blanche en papier et une petite pile de livres, et il commence à discuter avec tout le monde, en français, en anglais, souriant.

Une brève introduction : Nick Kent a côtoyé Lester Bangs, a été un des piliers du New Musical Express, a traîné avec les Stones et Led Zeppelin en tournée au début 70, avec Malcom McLaren peu après, a fait partie d'une formation pré-Sex Pistols et est toujours fasciné par le Paradis Perdu de John Milton.
Il a écrit deux livres traduits en français, le premier est : L'Envers du rock - préface d'Iggy Pop, et présentation par lui même : "Un beau jour, je me suis frotté à des zozos du genre Syd Barrett, et j'ai réalisé que si ces gens-là avaient bien obtenu ce qu'ils désiraient, ce n'était surtout pas de cela (l'adulation des foules, le "décollage" créatif) dont ils avaient besoin pour préserver leur équilibre mental. Dès lors tout a pris un sens. Et j'ai vite réalisé qu'entre toutes, ces histoires-là valaient d'être contées. Fouiller les recoins obscurs et crépusculaires des icônes du rock, voilà l'objectif de The Dark Stuff."

Et son deuxième, une autobiographie des années 1970 : Apathy For The Devil, sous titrée "les seventies, voyage au cœur des ténèbres".
"Pas de cravates, pas de Gomina pour faire ressortir un front de jeune mâle. D'ailleurs les Rolling Stones n'ont pas de front. Juste des cheveux, de grosses lèvres et une aura collective d'insolence dévastatrice.
Ils entrent nonchalamment sur scène et jettent un regard méprisant au public en empoignant leurs instruments. Le présentateur se dépêche de les annoncer, mais ses mots sont couverts par des hurlements. Puis ils commencent à jouer. Peut être "Not Fade Away", la chanson de Buddy Holly qu'ils sortiront une semaine plus tard et qui leur vaudra leur première entrée dans le Top Ten et la confirmation de leur ascension vers le statut de princes rebelles de la jeunesse."

De son premier livre, je me rappelle ses descriptions de Brian Wilson, reclus dans une sorte de cabane de jardin installée sur la pelouse de sa villa mangeant une salade arrosée de sel, ou l'air un peu benêt de Dizzy des Guns N'Roses ou l'attitude toute en tension d'un Jerry Lee Lewis plus tout jeune mais qui gardera toujours son couteau papillon, dans une poche intérieure, jamais loin du cœur.

Dans son dernier livre, au travers de portraits incisifs, il raconte ses années 70 - ses 20 à 30 ans - passées entre Iggy Pop, ses histoires avec Keith Richards ou Peter Grant, ses rencontres avec Bowie ou Eno, les New York Dolls, l'ascension et l'autodestruction des Sex Pistols, les combines de Malcom McLaren, les soirées avec Richard Hell ou Martin Hannett, ses histoires de dope et comment il s'en sort pas tout à fait indemne...

Dans la petite librairie, je me glisse dans la file d'attente vers la petite table blanche. Nick Kent est en face de moi - sa phrase "Il fût un temps ou je n'étais qu'un figurant de la nuit des morts élégants" me revient en tête. Ce soir de novembre, c'est son sourire et sa conversation affable qui sont les marques de sa vraie élégance.


(vous trouverez les questions et les réponses traduites en français par Laurence Romance après la photo de Nick Kent avec Keith Richards et Mick Jagger)

1. Your first musical memories?
Hearing my father playing his Debussy records when I was a baby

2. The best record you received as a present? / The worse one?
Best ? With The Beatles, which an aunt bought me when I was 11. Worst ? Too many to mention.

3. The first book that you lost?
I honestly can’t remember.

4. «"I'm a poet," I tell him. "A poet?" he asks. "What's your name?" "Dylan Thomas," I say. »
And you Nick, what is your name? (1)
Nicholas Benedict Kent – for better or worse.

5. Who changed your life?
My parents, T.S. Eliot, James Joyce, Nik Cohn, the Rolling Stones, the Stooges and many others.

6. Youth culture was at the heart of the 60s, is youth culture still relevant today ?
Hard for me to say as I’m 61 years old. But my 20-year old son James seems to be soaking up and contributing to the current state of ‘youth culture’ so something good must be still going on.

7. What will music sound like in 50 years / 5000 years?
I dread to think.

8. After swapping the crown of King of Punk for the trophies of King of Advert, has Iggy Pop become more punk than ever before?  
No. But he’s made himself a lot richer.

9. You demanded from Lester Bangs to tell you how to write. What advice did he give you and what advice can you give us?
That losers were/are more interesting subjects than winners.

10. The record that freaks you out?
As in “scares me”? Randy Newman’s “In Germany Before the War”

11. Shortly after you moved to Paris in 1989, you got involved in the French house/techno/rave scene which was taking off at the time, even going as far as to record and release a couple of tracks with your girlfriend Laurence and Italian & English DJ's (2). What are your best memories of those days: the sex, the drugs, the music ?
The late 80's-early 90's acid house scene in Paris was great -one of the most enjoyable musical movements-scenes I've been exposed to. It was like psychedelic London in 1967 with clubs like the U.F.O. and Middle Earth, but with the pre-recorded synthesizer music and MDMA instead of actual live groups and hallucinogenics. Laurence and I even made some recordings in that acid-house style, two of which actually ended up on compilations at the time. The best years were inevitably the early ones before 'techno' and bad drugs started polluting the once blissed-out atmosphere.

12. The film that tickles your creativity?
Sam Peckinpah’s The Wild Bunch certainly influenced my approach to story-telling in literature. It’s action-packed but the character interaction runs deep, as does the film’s basic philosophy.

13. Are Pissed Jeans (the band from Sub Pop) creating something new?
Never heard of them.

14. The little-known track that everyone should have heard of?
“Holy River” by Space Opera (1973)

15. An album you wouldn’t want to be?
Lou Reed’s Berlin, Clash’s Sandinista and anything by Sham 69.

16. You have written at length about the 70s, stated that you had no interest in the 80s but that you would enjoy writing about the 90s. Which band(s) in particular were you thinking about when you made this comment?
Jeff Buckley, Bjork, Beck, Kurt Cobain, Rufus Wainwright and Radiohead were all major talents that could have stood out in the 60’s, 70’s and 80’s as well, had they been born earlier.

17. “Imagine waking up tomorrow morning and all music has disappeared. All musical instruments and all forms of recorded music, gone. A world without music.”. What will you do ?
Feel very depressed.

18. What’s on your mind? 
Whatever happens by. I try to stay in the moment.

19. Have you ever had auditory hallucinations?
Probably, though not since I gave up the bad drugs.

20. Does "Your fear itself of death removes the fear" (John Milton)?
I have no particular fear of dying. I’m just more interested in living through the time I have left.


Nick Kent (au fond à gauche), Mick Taylor et Keith Richards en face et Mick Jagger sur la banquette derrière eux.


Lire aussi les interview de Nick Kent : Le Survivant Du Rock, Nick, Laurence & Rock'nRoll et l'hommage de Nick Kent à Lester Bangs : Pills and thrills. Ecouter l'interview de Nick Kent et Laurence Romance sur France Inter.



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Les réponses de Nick Kent,
traduites par Laurence Romance

1. Premiers souvenirs musicaux ?
Mon père écoutant ses disques de Debussy, quand j’étais bébé.

2. Le meilleur disque qu’on vous ait offert ? Le pire ? 
Le meilleur ? With The Beatles, qu’une de mes tantes m’a offert pour mes 11 ans. Le pire ? Il y en a tellement…

3. Le 1er livre que vous ayez perdu  ?
Je ne me souviens vraiment pas.

4. « - Poète ? il demande. Comment vous appelez vous ? - Dylan Thomas » je dis. (1)
 Et vous, Nick, quel est votre nom ? 
Nicholas Benedict Kent – pour le meilleur et pour le pire.

5. Qui a changé votre vie ?
Mes parents, T.S. Eliot, James Joyce, Nik Cohn, les Rolling Stones, les Stooges et beaucoup d’autres.

6. La « culture jeunes », primordiale dans les 60’s, conserve-t-elle une quelconque pertinence de nos jours ? 
Je n’en sais trop rien, vu que j’ai 61 ans. Mais James, mon fils de 20 ans, qui baigne dedans et y apporte sa contribution (comme musicien sous l’alias Perturbator, NDLR), me donne l’impression qu’il s’y passe toujours des trucs intéressants.

7. A quoi ressemblera la musique dans 50 ans/5000 ans ? 
Rien que d’y penser, ça fait peur.

8. Avoir échangé sa couronne de King du Punk pour celle de King de la Pub a-t-il rendu Iggy Pop plus punk que jamais ? 
Non. Mais beaucoup plus riche.

9. Vous avez demandé à Lester Bangs de vous apprendre à écrire. Quel conseil vous a-t-il donné que vous pourriez maintenant nous transmettre ? 
Comme sujets d’écriture, les losers sont plus intéressants que les winners.

10. Un disque qui vous fait flipper ? 
Qui me fout les jetons ? “In Germany Before the War” de Randy Newman.

11.  Peu après votre arrivée à Paris en 1989, vous avez participé à la scène house/techno/rave émergente, en enregistrant notamment deux morceaux avec votre compagne Laurence Romance et des DJ italiens et anglais (2). Quels sont vos meilleurs souvenirs de cette époque : le sexe, la drogue ou la musique ?
La scène acid house parisienne de la fin 80's/début 90's était géniale, l'une des plus excitantes auxquelles il m'a été donné de participer. C'était comme le Londres psychédélique de 1967 avec des clubs comme l'U.F.O. et le Middle Earth, sauf qu'en lieu et place des groupes live et des hallucinogènes, il y avait des synthés pré-enregistrés et du MDMA. Et, oui, Laurence et moi avons même commis quelques enregistrements acid-house, dont deux figurent sur des compilations sorties à l'époque. Evidemment, les meilleures années ont été les premières, avant que la mauvaise 'techno' et les drogues pourries ne viennent saboter l'ambiance idyllique.

12. Un film qui  vous a inspiré ?
La Horde sauvage de Sam Peckinpah,  a pas mal influencé ma façon de raconter une histoire. Beaucoup d’action, mais les personnages sont profonds, tout comme le message du film.

13. Pissed Jeans, le groupe de Sub Pop, invente-t-il une nouvelle musique ?
Jamais entendu parler.

14. Un titre peu connu que tout le monde devrait avoir entendu ? 
“Holy River” de Space Opera (1973)

15. Un album que vous ne voudriez surtout pas être ? 
Le Berlin de Lou Reed, le Sandinista des Clash et aucun de Sham 69.

16. Vous avez beaucoup écrit sur les 70’s et déclaré que les 80’s ne vous intéressaient pas, mais qu’en revanche, vous pourriez très bien écrire sur les 90’s. A quels groupes pensiez vous en disant ça ? 
Jeff Buckley, Bjork, Beck, Kurt Cobain, Rufus Wainwright et Radiohead auraient fait parler d’eux dans les 60’s, les 70’s ou les 80’s.

17. “Imaginez que vous vous réveillez demain, et que la musique n’existe plus. Il n’y a plus aucun instrument, aucune trace d’enregistrement sur terre. » Que ferez vous ? 
Je vais me sentir très déprimé.

18. A quoi pensez vous ? 
Ce qui me passe par la tête. J’essaie de vivre le moment présent.

19. Vous avez déjà eu des hallucinations auditives ? 
Sans doute, mais pas depuis que j’ai arrêté les drogues frelatées.

20. Est-ce que, comme pour l’immortel John Milton “Your fear itself of death removes the fear »?
Je n’ai pas spécialement peur de mourir. Vivre ce qui me reste à vivre m’intéresse davantage.


Nick Kent (en chemise à pois) et Laurence Romance (de dos) lors d'une rave party parisienne en 1990.


(1) Charles Bukowski - South of No North / Au sud de nulle part
(2) Sous les alias : Spectral Evidence - Out there et Euphoria - Virtual Reality

Portrait de Nick Kent ©UlfAndersen

lundi 16 juillet 2012

François Bon et les Rolling Stones : un feuilleton en enfer


A partir du 12 juillet, à l'occasion de la sortie en numérique et en édition augmentée de Rolling Stones, une biographie François Bon nous propose une saison en enfer : un été avec les Stones.

Il y a tout d'abord le feuilleton : 50 histoires vraies concernant les Rolling Stones.
"Il n’y aura pas de chronologie, il n’y aura pas de hiérarchie. Ce sera, chaque jour, une intervention brève ou moins brève sur un instant de l’histoire très complexe des Rolling Stones, depuis l’enfance et la formation jusqu’aux péripéties actuelles. Ce sera bien sûr ouvert à discussion et commentaires. [...]

Un feuilleton, une sorte de défi personnel, aussi, ou comme une dette : aucune idée préalable de comment ce travail de fragmentation et constellation va déplacer ou renouveler l’approche exhaustive de la biographie. La contrainte de l’intervention quotidienne va provoquer un arbitraire, un paysage qui s’invente à mesure qu’il s’accumule. J’en serai donc le premier spectateur."


Il y a aussi Conversations avec Keith Richards, toujours de François Bon, qui vient de sortir sur les éditions numériques publie.net:

"Keith Richards a pris 2 ans de sa vie pour rédiger son autobiographie, "Life". Le paradoxe est le suivant : une oeuvre musicale considérable, celle du groupe, albums officiels, enregistrements détournés des studios, histoire des concerts. Une expérience de vie à la foix extrême et excessive. Et pas forcément les mots pour la dire, puisqu'on n'est jamais qu'un bluesman.

Et nous, qui continuons nos petites routes ordinaires, qu'est-ce qu'on leur a pris, aux grands frères qui se brûlaient les ailes, tout devant ? Qu'avons-nous à déchiffrer, pour nous-mêmes, de leur propre expérience ? Est-ce que ça s'appelle solitude, absence, inquiétude, comme pour nous autres ? Comment expriment-ils le risque, comment vivent-ils l'abîme de cette disprortion des concerts gigantesques ?

Voilà comment a commencé l'histoire de ces quatorze "Conversations avec Keith Richards".

Pour plus de détails sur François Bon et ses trois excellentes biographies sur les Stones, Led Zeppelin & Dylan lire Ne jugeons pas un livre à sa couverture #2 : Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin par François Bon. Vous pouvez aussi prolonger votre séjour au bord de la Méditerranée avec Mick, Keith et les autres en les retrouvant à la Villa Nellcôte.

jeudi 16 février 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #11 : Shaun Ryder - Happy Mondays, Black Grape & other traumas par Mick Middles


Arrêt sur image. Il y a peu de monde dans la pièce mais chaque personne aura son importance dans l'histoire qui va suivre : Michael Winterbottom, John Cale, les Sex Pistols, Phil Collins, Anton Corbijn, Peter Saville, Martin Hannett, Tony Wilson et bien sûr Shaun Ryder.

1976, les Sex Pistols jouent devant 42 personnes à Manchester et Tony Wilson et Martin Hannett sont dans la salle. Mais vous connaissez la suite : de ce concert naitra Factory Records qui engendrera à son tour Cabaret Voltaire, Happy Mondays, Joy Division, New Order, le premier single d'Orchestral Manoeuvres in the Dark - Electricity, le son de Martin Hannett, Wim Mertens - le compositeur de la musique du Ventre de l'Architecte de Greenaway - et Robin Williams, le joueur de hautbois, pas l'acteur.

Dans mon arrêt sur image originel, c'est Winterbottom qui tient le rôle principal, parce que c'est lui qui m'a fait raccorder les morceaux de mon puzzle personnel, avec son film 24 Hour Party People. Après j'ai vu 9 Songs, un film étrange ou l'on à l'impression que l'on arrive systématiquement en retard aux concerts de Black Rebel Motorcycle Club pendant que notre petite copine se fait sévèrement baiser par un autre ; Tristram Shandy : A Cock and Bull Story, avec l'horrible titre français Tournage dans un Jardin Anglais et The Killer Inside Me où l'on arrive systématiquement en retard pour sauver la petite copine qu’amoche copieusement Casey Affleck.

Juste derrière Winterbottom, il y a Shaun Ryder à moitié nu sur un rocher, et Shaun Ryder qui remet les bandes de son dernier disque en menaçant Tony Wilson avec un flingue. Il y a le titre Squirrel and G-Man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Carnt Smile (White Out), qui est aussi le premier album des Happy Mondays. Produit par John Cale. On retrouve donc aussi John. Après le velvet, John Cale a produit le premier album des Stooges, le Marble Index de Nico, les Modern Lovers, le Horses de Patti Smith, le premier maxi de Sham 69 "i don't wanna", et c'est peut être aussi lui qui a choisit Sussudio de Phil Collins pour la scène de la triolette cochonne d'American Psycho, le film de Mary Harron ?

Retour à la scène originelle : à coté de Winterbottom et Shaun, on voit Anton Corbijn et Control son film sur Joy Division, avec ses plans noirs et blancs incroyables et l'amour qui nous séparera encore ; Peter Saville, le designer des pochettes minimales de Factory records et de son logo, et Martin Hannett qui a construit le son froid, métallique et spacieux des disques de la Factory. La compilation And Here Is The Young Man est d'ailleurs un excellent moyen de rentrer dans le travail de Martin : "Magnifique... Martin, comment t'as fait ce putain de son sur l'enregistrement d'hier ? - J'sais pas j'étais bourré".

Et surtout il y a Londres au début de l'été 2007 ou nous finissons la nuit et quelques bières avec Achylles Brown pendant qu'Uncle Dysfunktional des Happy Mondays tourne à fond pour couvrir le bruit du couple qui s'aime un peu trop fort dans la pièce d'à coté. Shaun Ryder à une excellente voix pour ça. Hum. Ha.

L'arrêt sur image se lève progressivement : j'ai commandé Shaun Ryder - Happy Mondays, Black Grape & other traumas par Mick Middles pour en savoir un peu plus... et je ne me souviens de rien. Pas que le livre soit mauvais, mais il y a trop de connections, trop d'univers et d'images qui se superposent. Je ne sais plus et l'Usine a fermé. Maintenant c’est joué. L’hacienda, tu ne la verras pas. Elle n’existe pas.*

Lire Shaun Ryder - Happy Mondays, Black Grape & other traumas par Mick Middles
Lire aussi 24 Hour Party People - What the sleeve notes never tell you par Tony Wilson


The Happy Mondays - Wrote for luck (1988) (From Martin Hannett - And here is the young man)


*Gilles Ivain - Formulaire pour un urbanisme nouveau

PS : à quand un film de Chris Cunningham sur WARP ?

vendredi 10 février 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #10 : Nous sommes jeunes nous sommes fier de Benoit Sabatier



"2001 [...] Jean-Jacques Schuhl vient d’avoir le prix Goncourt pour “Ingrid Caven”, biographie d’un type nouveau, les Strokes sortent leur premier album, qui marque un énième retour au rock, au concret, et la Star Ac’ est lancée, et Madonna revient sur le devant de la scène grâce à un disque composé par un artiste français oublié, Mirwaïs. Je songe à faire un livre sur ce dernier. J’écris parallèlement tous les mois dans le magazine Technikart sur les mouvements de la jeunesse, leur influence sur notre société. Je réoriente alors mon projet de biographie, m’attelant à écrire l’épopée de la culture jeune depuis l’apparition d’Elvis."(1)

1948 "le jeune" naît avec le jazz. 1955, Norman Mailer écrit The White Negro : Superficial Reflections on the Hipster. 31 décembre 1956, Stockholm. Des jeunes se rassemblent spontanément, envahissent la grande rue, attaquent les adultes, renversent et incendient les voitures (2).

1959, Norman Mailer publie sa liste, "The Hip and the Square". "Ce qui est branché c'est le nihilisme, ce qui est ringard, l'autoritaire. Le péché branché, le salut, ringard. Dostoïevski, super, Tolstoï, naze... [...] Mailer théorise l'idéologie rock" (3).

1966, 1977, avance rapide. 1984 libération des ondes FM, la Nouvelle Radio des Jeunes apparaît. 1987 Public Enemy, 1989 Bleach. 1994 Same as it ever was de House of Pain. 1995 Tri Repetae - Autechre. 2001 Endless Summer de Fennesz, 2002 Soulseek, 2005 j'ouvre mon premier myspace. 2009 Spotify et je ne suis déjà plus si jeune que ça.

Dans La Culture jeune d’Elvis à Myspace (le sous titre de Nous sommes jeunes...), Benoit Sabatier passe constamment de l'histoire internationale (et essentiellement anglo-saxone) de la culture jeune à celle très française (et plus particulière) de Taxi Girl (Daniel Darc, Mirwais). Un parti pris déstabilisant au départ mais qui à l'avantage de mettre en regard Elvis et René Coty, The Stooges et Yves Adrien, Moroder et Fabrice Emaer, MTV et Jean Baptiste Mondino, Madonna et Mirwais, Iggy Pop et Joey Starr, Britney Spears et Daft Punk... (sélection personnelle).

"'Nous sommes jeunes, nous sommes fiers' est la première histoire de la culture jeune en France, une histoire racontée au travers du prisme de ce qui l'a fait naître : le rock. La jeunesse est en effet une invention récente. Elle jaillit au milieu des années 50 au son des premiers tubes d'Elvis, quand les adolescents décident de ne plus être des adultes en devenir, mais de se définir comme des 'jeunes'.

Pour se différencier des 'vieux', ils ne s'habillent plus comme leurs parents, écoutent une autre musique, inventent de nouveaux codes, avancent de nouvelles idées politiques et se découvrent consommateurs. La culture jeune, d'année en année, va devenir un gigantesque marché et conquérir les esprits. Hier, la jeunesse bousculait la France. Aujourd' hui, parents comme enfants portent des jeans, écoutent du rock, et veulent être branchés. 

Comment est-on passé de 'plus tard tu seras un homme, mon fils' à 'sois cool, papa, putain'?". Etre "jeune" est il encore une option valable ?

Philippe Doray - Secoue Le Flipeur (1977)


(1) Benoit Sabatier - Interview pour alainfinkielkrautrock.com
(2) Edgar Morin - Culture adolescente et révolte étudiante
(3) Benoit Sabatier - Nous sommes jeunes, nous sommes fiers.

jeudi 9 février 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #9 : Evguénie Sokolov de Serge Gainsbourg



"De ma vie, sur ce lit d'hôpital que survolent les mouches à merde, la mienne, m'arrivent des images parfois précises souvent confuses, out of focus disent les photographes, certaines surexposées, d'autres au contraire obscures, qui misent bout à bout donneraient un film à la fois grotesque et atroce par cette singularité qu'il aurait de n'émettre par sa bande sonore parallèle sur le celluloïd à ses perforations longitudinales, que des déflagrations de gaz intestinaux."(1)

Plus d'infos sur Evguénie Sokolov de Serge Gainsbourg


"Vous êtes quand même chez l'éditeur de Gide, de Faulkner... j'allais ajouter de Marcel Prout" (2)
Voir l'interview de Gainsbourg par Bernard Pivot (1980 - 13 min) sur le site de l'INA.

Serge Gainsbourg - Evguenie Sokolov (1981)


(1)Phrase d'intro d'Evguénie Sokolov de Serge Gainsbourg - Editions Gallimard, 1980.
(2) Bernard Pivot interviewant Serge Gainsbourg à propos d'Evguénie Sokolov

samedi 4 février 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #8 : Rock Dreams de Guy Peellaert

The Rolling Stones

"Un beau jour du printemps 1934 nous invita à porter nos pas vers le "marché aux puces" dont il a déjà été question dans Nadja (tant pis pour cette répétition de décor, qu'excuse la transformation profonde, constante du lieu)."*

Certains y trouvent des masques à oeillères, d'autres des cuillères en bois avec un petit soulier sculpté à l'extrémité du manche, moi j'ai y trouvé Rock Dreams, de Guy Peellaert, un album d’illustrations autour de rencontres improbables entre show-bizz et rock stars sur des textes de Nick Cohn. Pour moi aussi ce fut l'amour fou.

Gene Vincent

Diana Ross

Bob Dylan

Elvis & Chuck Berry

Dr John

Bo Diddley

Tina Turner

Crosby, Stills, Nash & Young

Phil Spector

Jim Morrison

The Rolling Stones


Rock Dreams de Guy Peellaert à été réédité chez Taschen

Diamond head - It's electric (1978)


* André Breton - L'amour fou

mardi 31 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #7 : La nuit par Druillet


La  nuit est glaciale. La nuit est rouge, verte, bleue. Noire. Jaune parfois. La nuit est pourriture, dope. La nuit est une horde, une meute sans nom. La nuit est un hommage. Celui de Proton Burst à Druillet, celui de Druillet à sa femme disparue par le cancer, en 1975. La nuit est un cri étranglé. La nuit est un livre de rock brutal, de désespoir. La nuit n'est plus tendre.

Proton Burst - La Nuit - Mouvement VI (1994)

L'album La Nuit de Proton Burst est téléchargeable sur leur site : protonburst.free.fr


pix : Bernard Farkas, Jean-Pierre Dionet, Philippe Druillet et Jean Giraud “Moebius”

jeudi 19 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #6 : Journal de Brian Eno


Eno est une personne que j'ai souvent sentie proche de moi, de mes réflexions. Même si je ne le connais absolument pas personnellement et que je ne le connaîtrai sans doute jamais plus qu'à travers son livre "Journal" sorti en 1995. Il n'empêche, nous avons beaucoup de préoccupations communes et nos axes de pensée se sont croisés pendant que je lisais son journal : nous étions dans / au bord d'une piscine (moi parce que j'étais en vacance, lui parce qu'il en a une dans sa maison de Londres). Nous aimons tout les deux le matin, et nous nous intéressons aux phénomènes de hasard et de maîtrise ; il cite le Pierre Ménard de Borgès, je venais de finir un travail en rapport direct avec cette nouvelle... ; les Obliques Strategies... etc, etc...


"17 février
A Berlin
Vu partir A. et les filles à Genève. La pauvre Irial déteste les séparations, comme si elle avait peur que ce soit pour toujours. Au studio, un peu de travail supplémentaire sur les textes de Laurie. Ça commence à donner quelque chose."*


Le Journal de Brian Eno a été fondamental pour moi : il m'a apporté plusieurs outils de réflexion que j'utilise toujours quotidiennement, et m'a vraiment intrigué dans son écriture. Le fait que ce soit justement un journal, écrit partiellement avec des notes et des phrases en suspend et le contraste que celà produit quand y apparaissent les noms de personnes qu'Eno a croisé entre 1994 et 1995 ; l’identification et la distance. Il évoque les sessions d'enregistrements de JAMES, de David Bowie pour Outside, de Passengers avec U2 et Pavarotti. Derek Jarman, Jah Wobble, Arto Lindsay, Laurie Anderson, Rem Koolhas... L'aspect mondain en est pourtant évacué : je me souviens de ses prises de positions pendant la guerre de Bosnie, de recettes de cuisines, de vie ordinaire, toutes sortes de choses qui m'ont par la suite conduit aux livres de Bill Drummond : une simplicité évidente.


"21 Aout
De retour à Londres après une matinée brumeuse et douce et une promenade dans la baie avec Irial, où nous avons vu beaucoup de crabes. Laissé A. et les filles sur place en vacances. En taxi pour Bordeaux, mon énergie à l'air bonne. A Gatwick, au bureau. Drew a construit tant de choses fantastiques. Il est vraiment bon."*


Outre le Journal, le livre contient aussi de nombreux essais et réflexions (complets ou en cours) : Les appendices gonflés. Ceux qui me sont restés :

Ambiant Music, nom qu'il a inventé "pour décrire un style musical alors en voie d'émergence".

La pensée axiale, qui "est le nom d'un continuum de possibilités entre deux positions extrêmes : c'est ainsi que l'axe entre le blanc et le noir est une gamme de gris.". Exemple pour une coupe de cheveux, deux positions extrêmes peuvent être : Soigné <--> Hirsute. Entre les deux existe toute une gamme de nuances que l'on réparti sur l'axe menant à ces deux positions. Ça permet de disséquer n'importe quel problème d'apparence inextricable en le subdivisant en sous ensembles simples et plus facilement appréhensibles.

Musique générative : "Discreet Music, dans laquelle deux cycles mélodiques simples, de durées différentes, se répètent séparément, et se voient autorisés à se superposer arbitrairement." & les stratégies obliques (moyen de résoudre des situations de blocage créatif en faisant intervenir le hasard).

Etre un artiste : "Pierre Ménard, auteur du Don Quichotte de Borgès, et ce qu'il appelle une "oeuvre cadre" ou le commentaire suscité devient plus important que l'oeuvre isolée.


"21 octobre
Emmené Anthea et les filles à l'expo Flavin, qui avait aussi fière allure qu'hier. J'ai dit aux filles (pour leur vendre l'idée) que nous allions dans une sorte de palais. [...] Une fois rentrés, nous avons retrouvé David Philips pour déjeuner. Ensuite chez Julian S. pour la fête."*

En savoir plus sur Brian Eno - Journal. Une année aux appendices gonflés


Brian Eno - The big ship (1975)


*extraits choisis de manière aléatoire.

mardi 17 janvier 2012

Ne jugeons pas un livre à sa couverture #5 : Rien, suivi de Colère noire, par Brigitte Fontaine


"Le temps passe. Je vieillis, comme tout le monde. Je ne fais rien d'autre que vieillir. Je sens le temps qui ronge, le temps qui dégrade. Chaque seconde, chaque minute, chaque heure. Rien. Des millions de fois rien.

Les gens passent, les voitures passent, le temps passe. L'eau passe dans mon oesophage. Comme le sable dans un sablier. Pour un oeuf qui n'existe pas.

Il ne se passe rien et tout passe. Dans le tamis.

Je ne sais plus rire depuis longtemps.

Je ne sais plus pleurer.

Je ne sais même pas mourir.

Mourir doit être un choc violent. Plus grand, bien plus grand qu'une fusée crevant la stratosphère.

Un disque passe.*"

Un concert sur une péniche est passé. Et Brigitte était sacrément saoûle. Torchée. Allongée en croix dans les loges, sur le sol. Puis elle est montée sur scène. La péniche tanguait elle aussi. Et la voix mal ajustée c'est progressivement mise en place. De bredouillage alcoolisée elle est devenue texte incarné, a fait sa place dans les arrangements d'Areski. Je crois que c'est un des premiers concerts d'un chanteur français que j'ai réellement entendu, qui a changé quelque chose en moi...

Mais revenons à Rien. Rien, est brutal, minimal, musical. Colère noire, se tend et s'apaise : dynamique des entrailles, des révoltes existentielles, des désespérances lucides. Ce sont des monologues intérieurs, humains, beaux comme "Comme à la radio" l'est. D'ailleurs Kim Gordon revendique Brigitte Fontaine comme une influence majeure, et si on écoute bien le chant de Kim sur certains morceaux de Sonic Youth, son détachement appuyé des syllabes, on y entend Brigitte.

Vient aussi de paraître : Mot pour mot, le recueil de ses textes de chansons chez le même éditeur. "On dit que tout est dans tout. Il semblerait que tout est dans rien. Et réciproquement"

Voir les livres de Brigitte Fontaine paru chez Les belles lettres.

Brigitte Fontaine & Christophe - Hollywood (2011)


*Intro de Rien.